"Djelloule Lefhaymi" de A. Alloula adapté en Kabyle et mis en scène par Djamel Abdelli
A propos de la générale de la pièce de théâtre « DJELLOUL LEFHAYMI » du dramaturge Abdelkader Alloula, adaptée en kabyle et mise en scène par Djamal Abdelli (voir entretien)
Par M’hamed HASSANI
En ce réveillon du nouvel an amazigh 2964, nous avons eu droit à une générale théâtrale au théâtre régional de Bejaia. Le spectacle en question est une réalisation du metteur en scène Djamal Abdelli sur un texte de Feu Abdelkader Alloula, écrit dans les années 70.
La pièce intitulée « Djelloul Lefhaymi », est l’une des ballades de « Ledjouad » du grand dramaturge, assassiné à Oran en 1994. Adaptée en kabyle et mis en scène par Djamal Abdelli et produite par le TRBejaia, elle retrace la dernière aventure de Djelloul, un employé d’hôpital, muté de service en service jusqu’à atterrir comme gardien de la morgue où il espère enfin « vivre » tranquillement sa pré-retraite parmi les morts.
Le metteur en scène fidèle à sa vision minimaliste a laissé ses personnages évoluer sans obstacle, sans repère. Si, il y avait une chaise pliante qui a joué aussi le rôle de guichet et qui claque comme une porte ou une bouche qu’on ferme. Espace clos, la morgue, espace glacé sans vie, sans conflit. Mais comme l’erreur est humaine et que les hôpitaux regorgent d’erreurs, il n’est pas étonnant de confondre les vivants et les morts dans une société qui court dans tous les sens.
Et voilà un « mauvais mort » qui vient perturber la quiétude de Djelloul qui doit se remettre à courir les services pour élucider cette énigme.
En courant vérifier l’erreur, Djelloul a laissé la porte de la morgue ouverte et le froid a gagné la société où on dorlote les morts dans des lits chauds et on enferme les vivants dans des casiers. Un pays où on se trompe sans cesse : d’époque, de profession, de solution, de peuple, de gouvernant, de.....
Le metteur en scène, en imposant son vide aux comédiens (cinq), comptait les pousser vers une performance vocale et corporelle, qui devrait rendre supportable le spectacle. Quand est-il du résultat ?
« DjelloulLefhaymi » est un employé modèle, généreux, aimable, juste et ayant le sens de l’humour, tant qu’il n’est pas poussé hors de lui ! Ainsi, a-t-il été présenté en entrée par le Goual, interprété par Aziz Hammachi dont il faut souligner la clarté et la richesse linguistique de son « monologue-narration-récit » et son aisance ou son détachement dans ce rôle.
Durant le spectacle, « Djelloul » ne nous a pas gratifié de ses qualités ni de son sens de l’humour, mais seulement de ses excès d’anxiété, ce qui a, un peu, déçu le public et a laisser un petit froid planer dans la salle.
Contrairement à la richesse du discours du Goual, les dialogues des deux personnages (l’infirmier - Sadi et l’infermière -Mounia) se sont avérés sans cohérence et sans pertinence.
Par contre les intermèdes chantés par Mounia, en jouant sur trois tons et temps avec un même texte, ont rythmé l’évolution de la pièce, d’un peu de joie vers une monotonie affligeante pour terminer par une tristesse accablante.
Le faux mort (Nassim M) a eu le beau rôle puisqu’il est le clou de la pièce. Il était convaincu qu’il était mort mais pas convainquant dans son jeu, à tel point qu’à la sortie, je l’avais oublié en tant que personnage.
Quand à « Djelloul », il a bénéficié du talon et du défaut du comédien Belkacem Kaouan : une bonne prestation et présence physique, mais une diction qui manque de clarté à certains moments.
Finalement si on cherche Djelloul, il est passé en coup de vent, il n’a fait que courir pour finir par faire courir tout le monde. Il n’y a qu’un Djelloul, il n’est plus de ce monde.
Comme toujours, les spectacles du TRBejaia porte la marque musicale de l’incontournable Bazou, ce génie de l’ombre qui hante les couloirs de cette bâtisse avec la voix envouteuse de Mounia. Un plus non négligeable dans la froideur d’une morgue débordée, dans un pays où l’on confond souvent tout.
Minimaliste maladif, le metteur en scène, maitre à bord, conçoit même le prospectus en noir et blanc, vous voilà avertis ! Djamal Abdelli est un admirateur des drames shakespeariens. C’est pour cela, qu’il transcende la narration linéaire en disséquant les propos du Goual, en créant un sens au cours d’eau pour éviter la stagnation, des obstacles même fictifs, une progression même circulaire, un suspense à la hauteur de la fougue annoncée d’un Djelloul allergique à l’injustice, au désordre... un Don quichotte des temps modernes !
Le mot est prononcé : le metteur en scène a voulu apporter sa touche de modernité a un texte des années soixante dix. Le goual, ce conteur des temps anciens, est à la source du théâtre, de tout théâtre, il n’est pas algérien mais universel. Mais le théâtre est action et non narration. Djamal Abdelli, a-t-il réussit à rendre à Djelloul son humanité et son humilité, à le faire aimer en 2014? Au théâtre, a t il rendu sa dialectique et sa fonction ? D’après le public, pas tout à fait, il est resté en de ça de la description que nous a fait le Goual de « Djelloul Lefhaymi » dans son introduction. S’est-on tromper de mort encore une fois ?
Mhamed HASSANI
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