Listaâ g ddiq Ou Quand les couleurs creusent les murs
Listaâ g ddiq
Ou
Quand les couleurs creusent les murs
Durant quelques mois, j’ai fréquenté régulièrement l’atelier de l’artiste peintre Elmes. Chaque fin de journée de travail, de 17 heures à 18 heures, je faisais irruption dans ce minuscule aquarium perché dans un coin de l’immense et poussiéreux marché au trois quart inutilisé, qui fait office d’atelier à notre ami Elmes. Encore heureux qu’il ait trouvé refuge, puis qu’à la dernière exposition il était SDF ….
Ma première visite, n’a fait qu’en rajouter à toute ma lassitude et mon désarroi quand à la place de l’expression artistique à l’heure actuelle dans notre pays.
Je m’étais interdit l’espoir et me refusait tout compromis avec lui.
Mon ami Elmes est revenu me relancer à chaque fois ; puis à la dernière, il m’a parlé de son exposition qu’il devait à tout pris préparer pour le début avril. Je me suis rendu compte qu’il était sérieux et seul et qu’il appelait au secours !
C’est ainsi que je me suis engagé à le soutenir à défaut de l’aider d’autant plus que je ne comprenais rien à la peinture. Pour cela j’avais besoin de me mettre dans le bain. Mon ami fut ravi de me voir revenir et feuilleter des revues d’arts qu’il déposait exprès à porté de main. Il me gâta à tel point que je commençais à le tarauder de mes questions d’élève qui s’éveille à une matière qu’il a boudé dans le passé.
Elmes parlait de ses triangles comme de ses enfants terribles que l’entourage refuse d’adopter parce qu’il ne comprenait pas cette nudité, cette arrogance de l’artiste à se compliquer l’existence au lieu de peintre des natures mortes et des demoiselles bien ressemblantes. Lui de son coté creusait pour montrer que cette nudité n’était qu’apparence et que la vérité est profondeur.
Au fil des jours (des heures ?) les formes et les couleurs creusaient les murs …
Le peintre s’essaya à tous les discours.
Le poète joua au matelot raillant l’albatros dans sa démarche.
Le peintre fit appel à tous ses maîtres qu’il condensa dans des résumés géométriques …
Notre poète ne voulant pas montrer son inculture se chercha des appuis triangulaires. A son tour, il essaya d’entraîner le peintre dans des rimes aquatiques et des rêves catastrophes. Celui-ci s’avéra bon nageur et habile interprète…
Au fil des heures (des mois ?) les formes et les couleurs creusaient les murs…
Echange de vécu philosophique et artistique. La création est universelle. Les sensations s’entremêlent et s’aiguisent.
Le poète se hisse à proximité du pinceau : ce qu’il vit lui ouvrit d’autres perspectives.
Le peintre s’enlise dans le piège des mots avant de s’en faire des alliés sur le chemin de sa quête.
L’artiste a mis le cadre en place. La couleur se charge de sens.
La forme est l’idée et la lumière réfléchie.
L’artiste se libère du cadre et la couleur prend forme et nourrit le sens.
Au fil du temps les formes et les couleurs creusaient les murs…
Dehors, guerre ouverte contre l’avenir
Etouffante impression d’efforts gratuits, sans lendemain, sans destin :
Vaine tentative.
Dangereuse tentation du vide
Chute au bout du pinceau - stylo
Néant nourri de nausée
Avancer sur fil tendu
Funambules de l’extrême
Et …
Puis les murs s’effondrèrent et la lumière jaillit pulvérisant les contraintes matérielles et libérant l’imaginaire.
L’atelier de mon ami parut spacieux et lumineux au point d’être un lieu de rencontre. Des peintres s’y retrouvèrent, lancèrent une idée d’association.
M’hamed HASSANI1995
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