En temps de révolution, la poésie, est-elle le chemin de la paix?
La poésie est le chemin de la paix
« Un appel est lancé à tous les poètes artistes et tous les producteurs culturels, pour marquer notre détermination à ne pas se laisser enterrer par le douze douze ! Nous sommes partie intégrante du mouvement citoyen. Et nous devons agir pour dessiner les contours de cette république que nous décrivons dans nos œuvres ! Pour ce faire, s’organiser en collectif, à travers les villes du pays est un impératif. »
Mhamed Hassani poète dramaturge écrivain
« La poésie est le chemin de la paix ». Quel poète viendrait contredire cette enseigne qui nous arrive du mouvement mondial de la poésie qui a sa source en Amérique latine, ce continent aux révolutions incessantes. Quelle résonance peut-elle avoir dans l’Algérie de la révolution citoyenne pacifique ou la révolution du sourire ?
Il y a une année, c’était « La poésie contre

les murs » et nous l’avions imagée au théâtre régional de Bejaia sans aucune contrainte. Une performance artistique du plasticien Ait Mehdi Salah tenait lieu de fond de scène à la déclamation des poètes : Anissa Mohamedi une habituée des grands rendez-vous des poètes dans le monde, Aksyl Imula le poète marqué par la violence du printemps noir, Hmana Tairi qui n’a d’autre choix que d’accrocher sa langue au train de la modernité, moi-même coincé entre le dire et l’écrire et d’autres invités de passage.
Nous avons été heureux et notre public s’en est réjoui, d’intégrer l’humanité par la poésie et les arts.
Cette année, le même élan nous a conduits à participer à ce mouvement mondial.
La poésie est le chemin de la paix, c’est-à-dire de l’humain.
La réponse cinglante de la direction du théâtre de Bejaia qui nous a renvoyé à une humiliante autorisation de la wilaya, nous a coupés le souffle ! Une autorisation pour déclamer un poème pour la paix au pays de la révolution du sourire qui est en train de séduire le monde !
Comme une gifle pour réveiller les retardataires de la révolution citoyenne, cette interdiction vient remettre à l’heure nos pendules !
Au moment où les arrestations, qui ne ratent aucune frange de la société, (y compris les
poètes puisque le poète Mohamed Tadjadit vient d’être incarcéré à Alger), se multiplient, nous avons naïvement pensé que parler de paix pouvait adoucir la dictature ! D’autant plus que le message nous venait d’une Amérique latine en pleine ébullition !
L’interdiction des espaces d’expression culturelle des édifices publics reste plus que jamais d’actualité. La leçon du café littéraire d’ Aokas n’a rien changé au comportement vicieux de l’administration. Le café littéraire de Bejaia n’a pas arrêté de tirer la sonnette d’alarme et continue à le faire pour mobiliser ses publics et les amoureux de la liberté d’expression. Il a fini en SDF et occupe l’esplanade de la maison de la culture quand il fait beau.
La révolution en marche n’a rien arraché en dehors de la rue, acquis très précaire au vu de la persistance du pouvoir à vouloir faire passer les élections du douze douze, coûte que coûte !
Solliciter une autorisation pour déclamer des poèmes pour la paix ! Incroyable !
Le collectif organisateur s’est retourné vers le mouvement citoyen qui a été prompt à nous dire que la rue est l’endroit le plus indiqué pour chanter la paix, ce prolongement naturel de notre mouvement pacifique !
Mais il s’agit aussi d’interpeller les travailleurs de ces structures qui ne réagissent pas à ce genre d’anomalie ! Il s’agit aussi de la mobilisation générale des travailleurs de tous les secteurs d’activité ! Il s’agit surtout de la mobilisation de tous les poètes, artistes et de tous les producteurs culturels ! Il s’agit de l’Algérie productive qui doit réagir et agir pour sauver notre projet citoyen !
Aussi le collectif organisateur a décidé de réaliser sa performance à la date arrêtée soit le samedi 23 novembre dans l’une des places publiques de Bejaia.
Un appel est lancé à tous les poètes artistes et tous les producteurs culturels, pour marquer notre détermination à ne pas se laisser enterrer par le douze douze ! Nous sommes partie intégrante du mouvement citoyen. Et nous devons agir pour dessiner les contours de cette république que nous décrivons dans nos œuvres ! Pour ce faire, s’organiser en collectif, à travers les villes du pays est un impératif.
Mhamed Hassani
Poète dramaturge écrivain
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