Y en a qui prennent leur café
Y en a qui prennent leur café

Y en a qui prennent leur café sous le bruit des bottes, se sentant en sécurité, attendant de reprendre leurs privilèges !
Y en a qui prennent leur café, loin du bruit des bottes, sous le silence des collines et la bienveillance des oliviers qui pour eux seuls comptent.
Y en a qui prennent leur café, loin des marches populaires qui rejettent le bruit des bottes et qui recherchent la paix des brasiers.

Y en a qui prennent leur café froid, poudre diluée dans l’eau froide, dans des prisons hautement surveillées, pour révolutionnaires kidnappés.
Y en a qui prennent leur café, dans des gobelets jetables, debout sur les trottoirs, attendant le train de l’histoire ou de l’espoir, dans une vie toute provisoire ou transitoire.
Y en a qui rêve d’un café chaud et fumant sur un balcon surplombant un boulevard nonchalant dans un pays qu’il voudrait soumis pour de bon.
Y en a, y en a et yen a…
À tel point que j’ai renoncé à prendre mon café pour rester dans la perspective de tous les cafés qui se prennent à travers le monde des humains, un soir du 31.
Y en a qui n’ont pas le temps de prendre un café, même d’y penser leur fait mal au coin du pays rétrécie par les interdits.
Y en a qui le prennent à la sauvette, entre deux marches, sachant qu’il est dangereux de rater une marche, le bruit des bottes en bruit de fond.
Y en a qui l’offre aux oubliés pour leur rappeler le goût de la liberté.
Et y en a, y en a et y en a…
À tel point que j’ai renoncé à prendre mon café pour rester dans la perspective de tous les cafés qui se prennent à travers le monde des humains à l’approche de minuit.
Y en a qui rechignent devant un café, préfèrent discourir sur son origine et sa traçabilité, ratant de goutter pour en savoir plus, sur ce qui motive l’humain.
Y en a qui pèsent le court et le long café, se demandant quel est le plus gagnant, pendant que le temps le déguste.
Y en a qui tergiverse autour d’un verre ou d’une tasse, s’éternisant sur le contenant et oubliant le contenu.
Y en a, y en a et y en a…
À tel point que j’ai renoncé à prendre mon café pour rester dans la perspective de tous les cafés de l’amitié qui se ratent à travers le monde des humains.
Y en a qui cafettent à tout moment tellement ils n’arrêtent de discourir sur l’art et la manière de le prendre que même entre deux gorgées ils caquettent
Y en a qui s’achètent avec un café qu’ils ne dégusteront jamais comme leur rêve mort né.
Y en a qui surfent sur la mousse d’un café, croyant dominé l’océan de leur désir.
Y en a qui flirt avec un café en grain ne sachant s’il faut le moudre ou le revendre en l’état.
Et puis y en a qui ne connaissent le café que par ouïe dire, un fantasme à réaliser le jour de la libération, sur le balcon surplombant un pays reconquis.
Y en a, y en a et y en a…
À tel point que j’ai renoncé à prendre mon café pour rester dans la perspective de tous les cafés qui se prennent à travers le monde des humains au moment de basculer dans l’autre versant !
Bonne et heureuse année 2020 ,
de là où je suis.
Mhamed HASSANI 31/12/2019
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