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entretien avec Djamel Abdelli metteur en scène au TR Bejaia

27 Janvier 2014 , Rédigé par Hassani Mhamed Publié dans #théâtre

entretien avec Djamel Abdelli metteur en scène au TR Bejaia

Djamal Abdelli, metteur en scène :

« Les metteurs en scène aiment aussi monter des noms connus

pour se faire connaitre ! »

Cet entretien a été réalisé avec Djamel Abdelli, metteur en scène, un mois avant la générale de son dernier spectacle (Djelloul Lefhaymi), que nous avons eu le plaisir d’apprécier dans la soirée du réveillon du nouvel an amazigh 2964 qui correspond au 11 janvier 2014. (Voir article) sa franchise nous permettra surement d’avancer sur le terrain marécageux de la pratique théâtrale en Algérie. A lire entre les lignes, les difficultés se désignent elles-mêmes du doigt.

Bonjour monsieur Abdelli, pouvez vous vous présenter aux lecteurs de « La Cité » ?

Djamel Abdelli : eh bien voilà, je suis actif dans le domaine théâtral depuis pratiquement 1992, j’ai monté une quinzaine de spectacles entre troupe associatives, universitaires et Théâtre public (TRB).

A prés une quinzaine de spectacles, nous n’avons pas beaucoup entendu votre parole pour expliciter votre vision théâtrale si vous en avez une bien sûr. Sinon comment situer Djamel dans la pratique théâtrale nationale ?

  • Je n’en ai pas eu l’occasion simplement, personne ne m’a posé de question dans le passé. mais puisque tu me le demandes aujourd’hui, je vais essayer de m’expliquer. D’abord, j’ai fait mes étude à l’INADC, l’actuel ISMAS, pendant 4 ans jusqu’en87- 1991, puis en 92, j’ai rejoins le théâtre de Bejaia où j’active à ce jour. Donc je suis quelqu’un d’académique, je suis proche de la méthode de Stalinavski, qu’on appelle l’école de transformation, ou le comédien se transforme en personnage. Il y a d’autres école, mais nous on nous appris celle-la.
  • Votre formation ?
  • Dans le temps il y avait deux fillières, chorégraphe et comédien. J’ai choisi la formation de comédien.
  • Donc votre formation de comédien comportait un module de mise en scène ?
  • Tout à fait.
  • Donc à la sortie vous avez, vous avez rejoint trBejaia, vous avez joué tt de suite ou...
  • Non on a fait appel à moi pour monter une pièce pour enfant avec Mina, qui a travaillé au trb jusqu’ en 95. Comme j’étais diplomé dans le domaine, on m’a vite sollicité.
  • Mina ? c’est qui ?
  • Actuellement elle travaille en France, comme comédienne, c’est une bonne comédienne, Mina.
  • Donc vous avez commencé par le théâtre pour enfant, pas comme comédien mais comme assistant metteur en scène ?
  • J’ai joué comme comédien et assistant metteur en scène dans deux spectacles pour enfant, puis j’ai fait de la mise en scène uniquement.
  • Qu’est ce qui a ramené Djamal aux théatre ?
  • Ce qui m’a ramené au théâtre c’est le hasard ! oui le hasard, sinon moi, je n’ai jamais pensé faire du théâtre ! c’est vraiment le hasard !
  • Et le hasard a bien fait les choses ?
  • Pour le moment, sincèrement, je ne sais pas encore. Dans quelques années on verra mieux le travail accompli.
  • On va continuer à creuser dans votre parcours. Votre première expérience de mise en scène ?
  • Ma première expérience a eu lieu avec des lycéens du lycée d’en face « Ibn Sina », ils préparaient un spectacle de fin d’année, ils m’ont sollicité, j’ai répondu oui. Mais le véritable premier que j’ai monté avec une troupe d’amateurs, c’est la pièce « les damnés » en 1998, un spectacle qui a tourné pendant presque dix ans, dans les trois langues (arabe, kabyle et français)
  • C’est une pièce d’ auteur ?
  • Non, c’était un texte écrit collectivement, les comédiens et moi. La pièce était le résultat d’une formation que j’ai donné à la troupe. A la fin de la formation on est sortie avec ce spectacle qu’on a appelé « les damnés ».
  • Et vous avez tourné avec...
  • On a tourné avec en Algérie et en France. On a fait environ 250 représentations.
  • Il est vrai que c’est à travers ce spectacle qu’est né Djamal Abdelli metteur en scène.
  • Effectivement, c’est à partir de ce spectacle. C’est vrai qu’à l’époque, il n’y avait pas beaucoup de spectacle, vu les problèmes d’insécurité. On n’a pas baissé les bras, on a continué à tourner.
  • Avec une troupe d’amateurs...
  • Oui, à l’époque on a organisé un festival de théâtre avec la ligue des arts dramatique, j’étais membre du jury, on a organisé des formations à des éléments des troupes invitées qui se devaient de perpétuer celle-ci à leur retour dans leur village. D’ailleurs à travers ces formations, j’ai repéré une dizaine de bons comédiens avec qui j’ai continué l’aventure.
  • Parmi eux il y en a qui sont actuellement permanant au TRB ?
  • Effectivement, il y en a deux ici et un autre en France qui a créé sa propre compagnie et d’autres éparpillés dans les troupes.
  • De tes spectacles que j’ai eu l’opportunité de voir, je retiens une certaine nudité de la scène, une désolation des lieux ...
  • Tout à fait. Moi je suis quelqu’un qui a toujours dit qu’on pouvait faire du théâtre sans décor sans lumière sans éclairage ; mais on ne peut pas faire du théâtre sans comédien ! le comédien est l’élément principal d’une pièce de théâtre, donc je me concentre beaucoup plus sur le travail du comédien, de ce que le comédien peut donner sur scène. Parce que quand le public rentre dans la salle il vient voir le comédien pas le décor ou la lumière ou autre chose qu’on regarde juste un moment. L’élément principal qu’il vient voir, suivre du début à la fin, c’est le comédien !
  • Ne dit-on pas que l’importance de la mise en scène est inversement proportionnelle à l’importance du texte ?
  • Les metteurs en scène qui utilisent des décors énormes et des effets spéciaux veulent surement cacher le peu d’intérêt ou la faiblesse de ses comédiens ou de son histoire, sinon pourquoi flouer le public ? dans tous ces artifices scénographiques, le comédien n’est plus qu’une marionnette !
  • En passant d’une pièce à une autre, d’un spectacle à un autre, est ce pour toi une recherche, un signe d’évolution, d’approfondissement de ta pratique théâtrale, ou est- ce une suite de travaux forcés?
  • Oui, il faut qu’il y est évolution, parce qu’on apprend toujours, même au bout d’une centaine de spectacles et de cent ans de pratique, il y a toujours quelque chose à perfectionner.
  • Si on parlait de votre spectacle « ouzzou n tayri », qu’est ce qui le caractérise, quelle en est la nouveauté ?
  • La particularité d’ « Uzzu n tayri » c’est que j’ai introduit une chorale et du chant à grande dose, y a plus de dix chansons dans le spectacle. Ce n’était pas une comédie musicale mais j’en ai utilisé les ressorts. C’est vrai, que quand j’ai lu le texte de Hadjira Oulbachir qui est une grande poétesse, je me suis rendu compte qu’il était impossible de le monter tel quel, qu’il fallait le retravailler, en gardant le thème. Sinon tout a été réécrit. Ça nous a pris quatre mois de travail sur le texte.
  • Donc le texte est passé par un travail de réécriture collective ou individuelle?
  • Réécriture collective, tout à fait. Dans tous les spectacles que j’ai montés, je suis passé par cette phase de réécriture collective. Je touche toujours au texte d’origine. Pour moi tout texte doit passer par là pour arriver sur scène.
  • Donc « Ouzou n tayri » a connu cette réécriture. Sans en connaitre le texte d’origine, ou le texte source, je l’ai apprécié comme spectacle et je pense que le public aussi d’une manière générale ?
  • Oui d’après les échos que j’ai eu à l’époque…
  • Et la presse, en a-t-elle parlé ?
  • Oui, y a eu des articles de presse favorables, mais pas de véritable critique. Tu sais chez nous, il n’y a ni star-système ni... on fait un spectacle, si on a la chance, on fait une tournée avec, presque dans l’anonymat, sinon… et puis chez nous la presse écrite… ce n’est pas tous les journaux qui ont une page culturelle. Quand à la critique objective, elle n’existe pratiquement pas.
  • En tant que metteur en scène comment situez vous « ouzou n tayri » dans la pratique théâtrale en Algérie ?
  • Vous savez moi, je suis influencé par un auteur, un grand monsieur du théâtre, c’est Shakespeare, la plus part de mes pièces sont dramatiques, j’entre beaucoup plus dans la tragédie que dans la comédie ou autre. C’est un spectacle pas comme les autres, j’ai introduit la chorale, une dizaine de chansons dont la musique a été faite par Bazou, qui nous a concocté d’excellentes compositions musicales, et puis l’histoire, une histoire d’amour, il faut le préciser parce que on a pas tellement l’habitude d’en voir dans le théâtre d’expression amazighe qui était pris dans l’engrenage identitaire et revendicatif. Je me suis un peu éloigné de ces thématiques identitaires n’en gardant que la langue.
  • Après « ouzou n tayri » ?
  • Après ça été « le foehn » de Mouloud Mammeri, toujours en tamazight, ça nous a pris deux mois de répétition, on a un peu retouché au texte, pas changé le texte, on a seulement déplacé des scènes, d’ailleurs avec ce spectacle on a participé au festival du théâtre amazigh où on a raflé trois prix : deux d’interprétation (masculine et féminine) et celui de la mise en scène. C’était en 2009.
  • Des critiques ?
  • La presse a bien reçu le spectacle, beaucoup d’articles élogieux, mais la presse chez nous comme on l’a dit a beaucoup plus tendance à raconter l’histoire de la pièce, à reprendre les synopsis et ça s’arrête là ! au lieu de critiquer objectivement tous les aspects : jeux, décors, lumière, mise en scène…
  • L’absence de critique théâtrale pénalise la création en quelque sorte ?
  • Oui, en l’absence d’avis autorisé, il m’est difficile de me situer, je ne sais pas si je suis bon ou mauvais, si j’évolue ou non.
  • Donc aucune évaluation nationale ne vient vraiment consolider la pratique théâtrale chez nous. Il doit y avoir quand même des repères techniques qui permettent de dire que tel metteur en scène à innover…
  • Pour ma part, j’ai essayé d’introduire le chant comme nouveauté dans « ouzou » et « le foehn ».
  • Mais je crois que c’est devenu un lieu commun, dans toutes les pièces on trouve du chant maintenant !
  • Puisque ça marche, on en abuse c’est tout !
  • Et puis le chant a déjà existé chez Kateb Yacine ...
  • Oui, oui, chez Kateb, y a le chœur aussi…
  • Donc vous êtes passé du montage d’un texte poétique en spectacle à la mise en scène d’un texte plus connu, d’un auteur d’une autre stature. Quelle différence dans ces deux approches ?
  • D’abord, comme vous le dites, d’un coté on a un recueil de poésie qui a nécessité plus de quatre mois de travail pour l’adapter à la scène et de l’autre un texte écrit par un auteur qui n’est pas n’importe qui, ce n’est pas pour diminuer de la qualité des poèmes de Hadjira, mais Mouloud Mammeri a écrit un texte dramatique, une pièce de théâtre, donc on a bossé beaucoup plus sur « Ouzou » que le foehn, le premier nous a pris six mois (entre réécriture, les chants, les répétitions) alors que le deuxième deux mois seulement.
  • Donc après « le foehn » de Mammeri...
  • Aprés le le foehn de Mouloud Mammeri, il y a eu « Akham n Tiche » de M’hamed Hassani (éclat de rire de part et d’autre !
  • Parlez nous de cette expérience !
  • Cela a été une belle expérience parce que c’est la première fois que je montais un texte d’un auteur d’ici, un auteur local, originaire de Bejaia, bien de chez nous ! bon là aussi faut dire que j’ai touché au texte ! (éclat de rire)
  • A qui vous le dites !
  • On a touché donc au texte avec l’aval de l’auteur bien sûr! mais en final, je crois que tout le monde s’est retrouvé autour de ce spectacle : l’auteur, les comédiens et le metteur en scène et même le public qui a été nombreux à attendre ce spectacle ! ce qui m’a beaucoup plus c’est de travailler sur un auteur local, j’encourage ce genre de pratique.
  • C’est une expérience originale, qui nous a permis de nous connaitre d’abord et de se découvrir qu’on peut faire un beau spectacle ensemble !
  • -il faut dire que c’est un spectacle qui a marché, depuis 2010 qu’il tourne, c’est un spectacle qui est toujours demandé. C’est une expérience édifiante quand aux réserves créatrices qui existent ici. Un produit cent pour cent local qui fait le plein à chaque représentation. Je lance un appel aux auteurs locaux pour proposer leur texte au lieu de les laisser dans leur tiroir.
  • Nous arrivons à l’actualité, monsieur Abdelli, vous voila en plein chantier d’un texte de Abdelkader Alloula, des années soixante dix !
  • Tout à fait !
  • Sans préjugé, Ne pensez-vous pas que les reprises, les adaptations font stagner la création théâtrale ? ne condamne pas les nouveaux auteurs à se morfondre dans leur coin en attendant leur tour ?
  • Non non ; Alloula a écrit un texte qu’il a monté à sa façon, à la façon de Alloula, de la Halqa ; par contre moi, j’ai une autre approche du théâtre de la Halqa, en tout cas le spectacle que nous travaillons est une ballade du spectacle « Ledjouad » (Ledjouad comprend quatre ballades) , qui correspond à « Djelloul Lefhaymi », et notre mise en scène est tout à fait différente de celle de Alloula. On a essayé de ramener le Goual et de le moderniser, de faire une autre approche du goual et puis le spectacle entre dans le cadre des hommages institués. Une manière de faire connaitre feu Alloula dans notre région, en amazigh. Faire connaitre ses œuvres à travers d’autres approches différentes. Donc j’invite tous les amoureux du théâtre à venir découvrir « Djelloul Lefhaymi » en kabyle, à l’occasion des fêtes de Yennayer. A partir du 11 janvier. Et juste après j’entamerai un autre texte d’un grand écrivain algérien, il s’agit du « cadavre encerclé »de Kateb Yacine. C’est une première que j’offre au journal La Cité !
  • Dans quelle langue cette fois ?
  • En arabe dialectal, pare que jusqu’ici, je n’ai travaillé qu’en tamazight ! donc c’est l’occasion pour moi de travailler dans la langue chère à Kateb (en même temps de tamazight), l’arabe populaire.
  • Je voudrais revenir encore sur votre approche dans la mise en scène, « minimaliste », vous m’avez dit un jour ?
  • La mise en scène est une conception générale d’un spectacle, c’est pour cela que des fois la vision de l’auteur et du metteur en scène diffèrent. La conception qu’on met sur scène, est concrète visible à l’œil, contrairement au texte qui, lui reste au niveau de l’esprit, de l’imaginaire.
  • C’est ce travail de transformation qui choque les auteurs non habitués ou qui n’accompagnent pas leur texte.
  • Oui, donc, moi dans mes spectacles je mise tout sur les comédiens, mais il est vrai que la mise en scène comprend aussi le reste : le décor, la lumière, le son... ce sont tous ces élément qui font le spectacle qui composent la mise en scène. Il est vrai que dans toutes mes pièces, il y a un strict minimum d’accessoire sur scène. Par exemple dans ce spectacle de « Djelloul Lefhaymi », il n’y a qu’une chaise, c’est tout ! il s’agit de mettre en évidence le jeu du comédien, c’est le comédien qui est le vecteur avec le public, c’est lui que le public suit du début à la fin et non un élément du décor. L’histoire est véhiculé par le comédien, le personnage et non par le décor. Un décor n’est qu’un décor, d’ailleurs aujourd’hui on parle de scénographie non plus de décor. Une vraie scénographie intègre le jeu des comédiens ; le comédien est au centre de cette scénographie, il en fait partie mais il ne doit pas être écrasé ! le théâtre, c’est d’abord le comédien, ensuite vient le reste.
  • Et si maintenant on extrapolait un peu : parlons de la pratique théâtrale en Algérie.
  • La pratique théâtrale aujourd’hui a évolué par rapport à la pratique des années soixante dix. Si on remonte à l’histoire de cette pratique qui remonte aux années vingt, avec l’arrivé du libanais George Labiod ça a démarré par des sketchs et puis pendant la révolution, ça a évolué vers un théâtre d’appui à la guerre de libération et pendant les années soixante dix, c’est un théâtre de discours politique, après 1988 on a été confronté au terrorisme, ce qui a bloquer la production et aujourd’hui le théâtre algérien se cherche. On ne sait plus sur quoi travailler. Faut-il monter des pièces universelles, les adapter ? ou monter nos auteurs locaux ? chaque metteur en scène se cherche, chacun son point de vue sur la question. Mais pour parler de théâtre algérien, sincèrement je ne sais pas, je n’arrive pas à me faire une idée. Chaque metteur en scène a sa vision...
  • Il est vrai qu’on ne peut parler que de pratique théâtrale...
  • Oui c’est une pratique individuelle.
  • En Algérie nos metteur en scène sont tous ou presque d’anciens comédiens ? il n’y a pas de formation de metteur en scène ?
  • Si, maintenant l’ISMAS forme des metteurs en scènes, de jeunes metteurs en scène, mais il est vrai que c’est les anciens comédiens qui ont évolué vers la mise en scène qui dominent l’actualité.
  • Puisque vous parlez d’anciens et de jeunes, n’y a t il pas blocage de ces jeunes artistes pour ne pas parler de marginalisation par les anciens ?
  • Oui, ce genre de conflit existe, conflit de génération, mais y a eu des metteurs en scène formés dans les années soixante dix en ex URSS, et c’est de grands metteurs en scène tel que les sœurs Ait Lhadj, Bouguermouh... Mais le conflit de génération existe.
  • Et le théâtre amateur ?
  • Moi j’ai fini mes études en 1991, j’ai cherché du travail à gauche et à droite. Y avait beaucoup de troupe de théâtre, mais aujourd’hui, ça a disparu ! pourquoi ? question d’espace ? de moyen ? je ne sais pas.
  • Parlons du théâtre professionnel, du théâtre d’état. C’est quoi le théâtre professionnel ?
  • C’est très difficile d’y répondre, quand on dit professionnel c’est quelqu’un qui vit de sa profession.
  • Est ce que l’organisation des théâtres régionaux répond au besoin de développement de l’activité théâtrale ?
  • Ça ne peut pas répondre, puisque le comédien n’a pas de statut, l’artiste en général n’a pas de statut, un statut qui régit l’artiste…
  • Mais le théâtre régional, c’est toute une organisation avec un budget , un personnel... est ce que cela répond à la réalité et aux besoins de l’activité théâtrale ?
  • Bien sur que ça répond, puisque le TRBejaia, depuis la venue de monsieur Omar Fetmouche nous avons beaucoup produit ! une moyenne de trois pièces par an, nous avons ouvert les portes aux troupes d’amateurs, nous n’avons jamais refusé d’apporter notre assistance aux troupes qui nous sollicitent. On a organisé des formations pour les jeunes comédiens…
  • Si on parle de l’organisation des différents festivals, à titre d’exemple, le festival international du théâtre, répond-il à des objectifs précis ou bien, c’est organisé pour la dépense ?
  • Ecoutez quoi qu’il en soit, c’est toujours bon d’avoir un festival international dans sa ville, de théâtre ou d’autre chose, c’est un privilège. Bon c’est vrai que c’est un festival comme tous les festivals, la différence c’est qu’il y a des troupes qui viennent d’ailleurs, et là ça nous permet à tous, comédiens et metteur en scène et tous les travailleurs du secteur, de découvrir d’autres pratiques théâtrales.
  • Le niveau des troupes invitées par rapport aux troupes locales ?
  • C’est loin, trés loin ! c’est des gens qui ont énormément de moyens !
  • Pourquoi nous, nous n’avons pas de moyen ?
  • Je parle du théatre amateur.
  • Non restons avec le théâtre professionnel, à moins que les troupes étrangères soient des troupes d’amateurs ?
  • Non, le théatre professionnel n’a rien à envier au théatre d’ailleurs, mais les troupes invitées sont en majorité privées, y a qu’en Algérie qu’on a toujours un théatre d’état sinon…
  • Mais on a des troupes privées, des coopératives théâtrales ?
  • Des coopératives financées par l’argent public toujours ! qui disparaissent dès qu’il n’y a plus de subvention. Les troupes étrangères qui viennent ne sont pas des troupes étatiques, elles ne sont pas subventionnée par l’état, il est vrai qu’elles sont sponsorisé, mais elles s’autofinancent avec leurs spectacles, elles n’attendent pas les subventions de l’état.
  • Chez nous cette pratique n’existe pas !
  • Non chez nous toutes les productions sont subventionnées sans obligation de résultat (privées et publiques). Si les théâtres régionaux reçoivent annuellement leur subvention qui leur permet de rester ouverts, il n’en est pas de même des coopératives privées qui ferment s’il n’y a pas de financement. Aucune troupe en Algérie ne vit de ses spectacles.
  • On parle de pénurie de textes dramatiques, qu’est ce que vous en pensez ?
  • Oui, y a un problème d’auteur, il n’y a pas d’école qui forme des auteurs, des romanciers, des dramaturges, des poètes… y en a qui ont des dons d’autres non.
  • Il y a des écoles pour ceux qui sont prédisposés…

La formation contribue mais ne suffit pas. Les Mammeri, Kateb, Dib avaient le don d’écriture et se sont forgés en écrivant. Dans les années 90, on organisait des lectures publiques de textes d’auteurs inconnus. Aujourd’hui ça ne se fait plus, il n’y a de la place que pour les gens connu qu’on invite au café littéraire ou aux ballades littéraires. Vous savez dès qu’on prend un texte étranger on est déjà mal à l’aise parce qu’on est sûr de trahir quelque part son auteur.

  • Et Vous ne pensez pas qu’à chaque fois que vous faites une reprise ou que vous adaptez un auteur du domaine public d’un autre siècle, c’est la porte que vous fermez à un nouvel auteur d’aujourd’hui, donc à l’expression de la société actuelle ?
  • C’est vrai que chaque fois qu’on traduit on trahit mais que voulez vous ? les metteurs en scène aiment aussi monter des noms connus pour se faire connaitre ! moi je ne suis pas contre de monter un texte d’un auteur local, puisque je l’ai déjà fait ! mais monter « le cadavre encerclé » de Kateb Yacine n’est pas la même chose que de monter un auteur inconnu ! et c’est mon prochain chantier !
  • Si des troupes d’amateur vous sollicitent, vous répondrez favorablement ?
  • Avant je le faisais volontiers, mais maintenant le temps me manque puisque je suis en même temps directeur artistique au TRB. Sinon avec plaisir puisque je l’ai déjà fait.
  • Pour conclure
  • Je tiens à vous remercier de vous intéresser à mon parcours. Je sais que vous êtes un auteur prolifique et qu’il y en a d’autres comme vous dans notre wilaya, dommage que le rythme de production ne permette pas à tous de s’exprimer. Enfin merci au quotidien La Cité que j’apprécie pour ces positions courageuses.

Entretien réalisé par M’hamed HASSANI

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