Tu es la pierre de quel Rocher? (1ère partie)

Tu es la pierre de quel rocher ?
1- La surprise
J’étais en train de peser le pour et le contre, de réfléchir à quelle dépense engager en ce 31 août 2017, veille du sacrifice rituel hérité du prophète Abraham.
Que sacrifier qui en vaille la peine ?
Mon bien-être intellectuel ou physique ?
Acheter le mouton ou éditer à compte d’auteur mon prochain recueil ?
Sans parler des autres dépenses qui viennent parasiter ce choix central !
Pendant que je m’amusais à peser ces deux dimensions incompressibles d’après un physicien qui a frôlé le Nobel, je suis entré nonchalamment au bureau de poste de la Liberté.
- Vous ne saviez pas que la liberté a un bureau de poste ? Alors, je vous l’apprends. Donc j’y pénétrais pour vérifier ma boîte aux lettres, si quelques factures n’y traînaient pas. J’ai bien essayé de régler définitivement ce problème de factures qui traînent et n’arrivent qu’en retard ou jamais, ce qui n’empêche pas Sonelgaz, notre société de l’électricité et du gaz, de sanctionner ses clients retardataires ! Oui, j’ai essayé le e-paiement que la charmante ministre a bien voulu mettre en place mais qui ne fonctionne toujours pas des mois après ! Donc rester sur nos gardes pour les retards de paiement ! C’est pour cela que je consulte ma boîte aux lettres régulièrement. Toujours débourser pour survivre dans cette société que l’humain s’est donnée tant de temps à mettre en place et se donne autant de peine pour continuer son bonhomme de chemin vers son idéal.
Ouvrant ma boîte aux lettres, je découvre cette enveloppe jaune qui prend tout l’espace contrairement aux maigres feuilles qui me crèvent le portefeuille ! J’ai tout de suite pensé à Pierre, le trouveur de Montréal, qui a fini par me trouver ! Je l’ai retiré, soupesé et me suis retenu de l’ouvrir tout de suite ! Cela me rappelle ma manière de faire quand j’étais enfant. Je bloquais toujours mon élan pour vivre dans une lenteur pleine de vibration la surprise qui m’attendait. Je m’étonne toujours de réagir ainsi aujourd’hui alors que le monde court à l’essentiel et se passe de toutes ces gamineries qui ne rapportent rien de matériel ! La lenteur à la kunderienne sous-tend tous les plaisirs du monde.
Donc, j’emportais le colis pour le déguster plus tard dans mon refuge campagnard, au milieu des oiseaux et des figuiers qui ne produisent plus mais se contentent d’être là, à l’image de ta qbaylit, j’allais dire ! Mais je sais que je me trompe sinon on me tombera dessus en me disant que ce texte, tu aurais pu le produire en kabyle ! Au fait pourquoi pas ? Aidez-moi à répondre !
L’attente me fait piaffer de plaisir mais aussi me fait butter contre tous les tracas socioculturels qui me taquinent quotidiennement voulant accaparer tout mon temps.
Ma boîte aux lettres vient de me produire autre chose que des factures, c’est un événement non ? Je me souviens d’une autre fois, il y a de cela quelques années, j’ai lancé le défi à mes amis sur les réseaux sociaux de m’envoyer leurs vœux de bonne année par poste ! Renouer avec l’art épistolaire, voilà une gageure ! Eh bien, sur une dizaine j’en ai reçu deux ! Un exploit pour nos postes et télécommunication ! Et voilà que je reçois un paquet du Canada ! Dire que nos compatriotes qui s’installent là-bas le font pour de bon ! Heureusement que l’internet est là pour prolonger notre attachement au berceau ! Eh oui, mais pas suffisant ! C’est pour cela que j’ai lancé le défi à mon ami virtuel Pierre, que si je reçois ses livres papiers je m’engage à écrire un papier, le PDF ne m’inspire pas. ! Voyez-vous le rapport papier-papier ? Comme qui dirait gagnant-gagnant ! (MDR comme sur le net). Et voilà que je me surprends à tenir mes engagements en ces temps de retournement de veste comme dirait un autre ami virtuel et au détriment de mes autres soucis ! Je me précipite avant même d’ouvrir l’enveloppe « charnelle » sur une feuille et un stylo que j’emprunte dans une boutique de réparation de téléphone où j’ai confié la tablette de ma compagne de toujours qui était en panne de batterie. La tablette pas ma compagne, heureusement, « bâid ccer » comme on dit ! Pendant que le réparateur était occupé à son job, je déversais mes impressions du moment sur du papier et avec un stylo ! Quel plaisir de le voir aller et revenir à la ligne, se fichant éperdument des dégâts orthographiques qu’il sème (s’aime ?) sur son chemin tortueux mais combien grisant ! Là, c’est la vitesse qui prime, on ne voit plus défiler les paysages externes, c’est plutôt les paysages internes qui s’allongent sur papier ! La lenteur de Kundera à l’envers, quoi.
Que dire de mon ami Pierre qui ces derniers temps à rencontrer sa source d’inspiration dans les dessins en pierre réelle cette fois d’un autre ami syrien survivant d’une guerre permanante dans son pays, à l’autre bout de la planète.
Oui, que dire de Pierre ce trouveur universel parti de France pour se fixer au Québec et de là semer l’entente à travers le net ? Présent dans nos débats kabylokabyles, il lui est arrivé d’exprimer spontanément ce que nous cherchions aveuglément dans un entêtement nationaliste dépassé par la marche de l’humanité ! Un nationalisme fascisant rampant à travers une réaction spontanée au fascisme de l’oppresseur. Pierre, notre regard extérieur.
Pierre, ce comédien et metteur en scène qui a côtoyé et monté les textes de Dib cet algérien dissout dans l’universalisme parce que ses frères n’ont pas su lui faire une place au pays libéré !
Contrairement à Kateb qui a fracassé les portes de son pays comme celle de la langue colonisatrice qui ont tenté de se fermer à lui ! Kateb le Keblouti sans frontière qui a universalisé son ancêtre pour se venger d’un amour impossible. Yacine le génie pulvérisateur des limites langagières pour polliniser toutes les fleurs révolutionnaires de la planète.
Pierre est un fleuve d’humanisme qui se déverse à travers les réseaux sociaux à partir de Montréal.
Lire ses textes c’est prendre un bain d’humilité devant la grandeur du rêve humain qui nous accompagne depuis l’âge de pierre. C’est décrypter tous ces messages gravés sur les parois des grottes qui ont vécu la préhistoire.
C’est faire éclater les limites physiques et ou virtuelles, pour atteindre la plénitude d’une harmonie céleste.
Plongeons dans ses textes, sans titre ni trompette.
A suivre...
Mhamed Hassani
Poète et dramaturge
De Kabylie-Algérie
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