cercle culturel et artistique de la ville d'Aokas
cercle culturel et artistique de la ville d'Aokas
Pour un renouveau culturel
Le rideau vient de tomber sur le festival international du théâtre de Bejaia, à 25 km d’ici (Aokas) et la population d’Aokas n’a bénéficié d’aucun spectacle pour apprécier...! Un festival qui nous a laissé rêveur devant tant de faste parti en fumée... où des cultures sont venues de très loin s’exprimer chez nous pendant que tamazight est renvoyée à ses foyers ! Nous avons senti que tout le chemin parcouru s’est transformé en corde autour de notre cou, en nœud qui nous empêche de respirer, nœud fait de compromission et d’attente entretenue, nœud que nous ne savons plus défaire parce que toute alternative nous parait absurde. Cette négligence dont nous sommes victime sonne comme une nième provocation à laquelle nous répondrons par notre capacité à nous renouveler.
Le renouveau nous vient cette fois du « théâtre de la rue d’El-Harrach » qui ramène la « punaise » de Maikovsky dans sa valise et que la ville d’Aokas accueille avec modestie et chaleur comme elle a toujours accueilli les porteurs de lumière.
Ce que les milliards du festival de Bejaia ne lui a pas offert, cette troupe anonyme le lui offre, avec humilité et respect, (comme l’a fait, il n’y a pas longtemps, l’artiste Akli D.) au même endroit où la troupe d’Ait Aissa (Aokas) a bravé la dernière APC du parti unique pour représenter son spectacle « taberwit », parce qu’on lui avait interdit l’accès de la salle de cinéma et du centre culturel.
Admirez le résultat de décennies de gestion de l’infrastructure culturelle :
En 1978, une troupe d’Aokas a monté et présenté l’unique spectacle de la première pièce de théâtre en tamazight, contre vent et marrée, dans une salle de cinéma privée. A l’époque, il y avait trois salles de spectacle à Aokas (deux privées et une de la maison de jeune qui ont toutes fermées entre temps). L’Etat algérien s’est mis à construire des espaces culturels, l’espoir était permis.
En 1989, la troupe de Théâtre d’Ait aissa a représenté sa pièce de théâtre « taberwit » (qui continue à nous inspirer) sur l’esplanade de la salle de cinéma pour les motifs évoqués plus haut. (Refus d’autorisation de l’autorité).
En 2012 (09/11/12), la troupe d’El-Harrach présente son spectacle sur la même esplanade qu’en 1989, devinez pourquoi cette fois ? Parce que la salle de cinéma est en ruine ainsi que le centre culturel.
Aujourd’hui il n’y a plus de salle qui peut recevoir un spectacle. Plus besoin d’interdire ! Mais non, même en plein air il faut une autorisation !
Eh oui, les nouvelles ( ?) autorités (enfin on le croyait) ont tout fait pour réduire à néant le formidable potentiel culturel de la région (et du pays). Détruire la culture d’un peuple c’est lui enlever toute initiative, c’est l’affamer et le rendre dépendant. Même la culture qui nous est servie sur commande est surgelée et n’arrive pas dans nos contrées. Tous les circuits de production et de diffusion sont contrôlés. Les artistes sont appâtés et neutralisés sinon ridiculisés et poussés vers l’exil (interne ou externe).
Ce constat, qui n’est pas nouveau, nous laisse perplexe devant l’avenir. Pourtant nous savons que ce n’est pas une malédiction. Certains soupçonnent une punition pour insubordination de la part du pouvoir. D’autres veulent nous faire croire que c’est une tare algérienne, pendant qu’une troisième catégorie met en avant notre incapacité à jouir sans casser l’objet de notre désir ? De gros enfants qui ne maitrisent pas leur force ? Qui brisent leurs jouets ?
Ce bref détour nous fait réaliser combien il était vital de se ressaisir et de ne plus croire aux chants des sirènes de la rente si nous ne voulons pas finir pourri d’avoir trop attendu.
C’est pour cela qu’il faut rendre hommage à ceux qui activent sans moyen pour maintenir l’étincelle de la libre création, comme nos prédécesseurs, qui éclairera demain les générations de l’après rente, parce qu’ils se poseront la question du comment ont survécu ces fous d’artistes qui ont refusé de se plier.
L’approche et la gestion administratives de la culture nous a ruiné. C’est pour cela qu’il faut que les acteurs culturels se concertent pour définir une démarche cohérente pour un renouveau culturel au niveau local régional et national en conformité avec les aspirations des populations.
Aokas le 09/11/12
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