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la transition permanente

3 Mai 2019 , Rédigé par Hassani Mhamed Publié dans #articles parus dans le quotidien La Cité, #publié dans Kabyluniversel, #renouveau culturel

La transition permanente

 

  Un peu partout dans le pays, des initiatives organisationnelles émergent. Çà et là, dans des

espaces publics, entre citoyens du même quartier, de la même corporation ou de même mouvance, de passage ou résidents, sans affinité ou partageant des fragments d’algérianité, les citoyens se rencontrent et discutent, se lancent dans des perspectives de dépassement de la situation actuelle. Ils butent sur la réalité de notre société disloquée par un pouvoir mafieux dont l’objectif a toujours été de la soumettre par l’arnaque et l’usurpation. Ils buttent mais ne tombent pas, ils accélèrent seulement le pas, essaient de combler les vides, les écarts et les distances entre les habitants de ce grand territoire qu’est l’Algérie !

C’est cette réalité que le mouvement citoyen tente de faire évoluer vers plus de visibilité, plus de convivialité, pour permettre l’émergence de nouvelles formes d’organisation et de nouvelles élites, même inexpérimentées.

Les anciens cadres d’organisation sont tous obsolètes, ils doivent tous passer au rebut. Donner le temps à la société de souffler, de se réapproprier l’initiative ; c’est pour cela que les marches sont libératrices. Elles maintiennent la réflexion en éveil, empêchent le citoyen d’abdiquer.

Beaucoup lancent des structures de transition, n’ont pas le temps de les mettre en place que déjà elles sont dépassées.

Et compris le pouvoir qui en profite pour se réorganiser mais ne trouve pas de ressource en lui-même : il est allé trop loin dans la consanguinité idéologique, aucun sang neuf ne prend sur son corps vieilli. Que faire ? Il gagne du temps en occupant le peuple !

Mais le peuple citoyen a compris, il fait les cent pas et réfléchie. Nullement pressé, il fait tomber les fruits pourris, chaque vendredi, il secoue son arbre Algérie.

S’agissant de la transition, il faut savoir que les sociétés vivent en permanence dans la transition. Il y a des périodes d’accélération comme il y a des moments de ralentissement, mais on ne peut dire qu’elles sont inertes.

Toujours observé la moindre étincelle et guetter le feu qui va dissiper l’obscurité et déboucher sur le jour d’après.

Les sociétés sont en transition permanente et les citoyens qui les composent de même.

Et le mouvement du 22 février est un moment d’accélération qui nous met, chacun, devant ses missions générationnelles.

La transition actuelle doit nous mener vers une nouvelle république qui garantira le respect de la dignité humaine qui passe par l’instauration d’un état de droit.

Mais nous savons tous que l’histoire est sinueuse et que si nous ne sommes pas vigilants nous risquons d’aboutir au contraire, pour ne pas dire au pire.

Le 1er mai 2019, les travailleurs auraient dû marcher en force dans les rues de toutes les villes, puisque partout il y a des travailleurs. Ils ont préféré se réserver pour « vendredir » dans le peuple le 3 mai, là où les caciques du système à dégager ne mettront jamais les pieds. La rue ensemble est le chemin le plus court vers la nouvelle république.

Ce premier mai me rappelle un autre premier mai, celui de 1978 : j’ai monté avec des camarades ma première pièce de théâtre en tamazight à la salle privé « elhouria » à Aokas. Contre vents et marées, il y avait, sur scène, un personnage hilarant, un ouvrier saoule qui annonce dans un dialogue irréel et un kabyle bien du coin : Tafunast iw trew, tametot iw qriv, ma d nek, g cekk ! (ma vache a accouché, ma femme c’est pour bientôt et moi je suis dans le doute !) La salle archicomble avait éclaté de rire. Et depuis, la troupe interdite de représentation. Et l’ordre ouvrier est resté dans le doute d’un probable avènement !

L’évolution étant dans la nature, qu’en est-il du monde ouvrier, ce soubassement du progrès ?

La Kabylie a fait son sursaut en 1980 sans avoir fissuré l’état jacobin hérité d’un colonialisme omniprésent dans les esprits.

En 1988 l’Algérie entière s’est jetée dans la modernité ! Elle a failli réussir ! Hélas, elle ignorait que le pouvoir en place depuis 62 était véreux, prêt à tout pourrir pour garder le peuple dans sa torpeur. L’islamisme politique a enfanté le monstre intégriste qui neutralisera longtemps la société.

En 2001, la Kabylie revient à l’assaut, sans réussir à se détacher de son nombrilisme. Elle fit de ses martyrs une levure pour une république tribale.

Quand ce n’est pas tout le pays qui bouge le peuple n’avance pas, la conscience régresse et les usurpateurs font traîner l’histoire. Ceux qui croient que la division fait avancer l’histoire se trompent lourdement, parce qu’une histoire qui avance sans tous les humains est une fuite en avant. Tôt ou tard, il faut refaire le chemin inverse pour prendre la main des retardataires.

De même aujourd’hui, c’est tout le pays qui a bougé, nous sentons l’histoire avancer et nous sommes mieux avertis. Alors gageons que nous allons tenir en respect ceux qui veulent nous dévier de notre trajectoire.

Seul le combat citoyen qui englobe tous les droits humains peut nous faire avancer. Défendre un seul droit au détriment de son voisin ne me garantit rien. Culpabiliser son voisin parce qu’il a été détourné de son humanité sans l’aider à s’en sortir ne contribue pas à notre émancipation.

L’homme est une entité vivante, il ne peut être à moitié. Il est ou n’est pas. Et tous ses combats n’ont tendu et ne tendent que vers cet objectif.

Aussi pour revenir à l’étape actuelle, il est impératif que chacun s’organise comme il peut pour se rendre disponible et utile, au service de notre révolution, au service de cette accélération, de cette maturation, de cette mise à niveau de toute la société, si nous ne voulons pas que ça prenne d’autres détours pour d’autres retards.

Participer aux marches est une nécessité vitale pour maintenir le mouvement citoyen qui est le seul interlocuteur du pouvoir à ce jour. Ce vendredi 3 mai, pendant que je marchais dans la foule de la rue de la liberté à Bgayet (Bejaia) accompagné de ma fille et de mon épouse, cette dernière me fit remarquer que les femmes étaient moins nombreuses que les fois passées. Je lui répondis, un peu distrait et indulgent : elles sont occupées à nettoyer leur cuisine pour accueillir le ramadan. Elle me regarda et me répondit presque en colère : il est plus urgent de nettoyer ce pays pour le débarrasser de ce système mafieux ! Je l’ai regardée et j’ai trouvé que ma campagne avait bien changé depuis le 22 février ! Le changement n’attend pas, il est en cours, mesdames et messieurs, il coule en vous, soyez cool, laissez-le s’épanouir en plein air. Rendez-vous pour le prochain vendredi.

Faire le travail sur nous-même pour s’accepter et se solidariser pour notre libération.

Soyons unis, soyons vigilants pour une accélération de l’histoire. Allongeons le pas en gardant la tête sur nos épaules.

Bejaia le 3 mai 2 019

Mhamed Hassani

Écrivain

 

 

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