Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Migrance, sculptures de l'artiste André Moumen Achour. 1ère partie: rencontre

6 Mars 2021 , Rédigé par Hassani Mhamed

l'artiste ce migrant: Rencontre

                     Quand j’ai rencontré André (Moumen) Achour, il y a  quelques années (2 014), c’était une

boule de timidité enfouie dans une tête à l’hérisson. J’ai tout de suite détecté, dans son

regard, l’expression de l’intelligence en hibernation, à l’affût d’une faille pour éclore au grand jour. L’image de l’albatros de Baudelaire colle toujours aux artistes, loin de leur élément. Il m’a fallu l’acculer un peu, au coin de l’âtre poétique, pour l’entendre rire d’un éclat enfantin qui me rassura sur sa vivacité cachée. Sa prise de parole est une avalanche de pierres dans un oued en crue.

                        Moumen (André) évoque son enfance dans une profusion d’images fraîches et désordonnées comme le troupeau de chèvres en liberté sur les flancs des collines des Ait Sahel, dans sa lointaine Kabylie maritime en Algérie. Les caprins vont dans tous les sens, mais finissent, toujours, par se regrouper, au moindre sifflement ou soupçon d’alerte au chacal.

                        Ici, dans cet exil volontaire, dans son pays d’adoption, la France, loin de la source originelle, l’alerte vient du regard des autres, qui ne voient que son air effarouché. Incompréhension et tendance à la répression d’un environnement hostile à l’oisiveté apparente de l’artiste, égaré dans un quotidien qui n’est pas le sien.

            André Achour dit Moumen est un Franco-Algérien né dans les années soixante-dix en Algérie dans sa Kabylie maritime. Après l’école des beaux-arts d’Alger, et poussé au départ par les années de terrorisme, il se fixa définitivement à Paris.

            Une enfance hachurée qui se traduit dans un discours discontinu. L’oppression des sociétés patriarcales laisse des traces en chacun de nous. Moumen n’y a pas échappé. La création artistique tire sa substance de ce magna de sensations contradictoires. Briser les peurs et tisser d’autres rapports avec le monde. Tirer son rayon lumineux de ce chaos ombrageux.

            Tant qu’on n’a pas vu l’artiste à l’œuvre, on ne peut deviner l’enfant espiègle qui se cache en lui. Survivant du chaos, il porte le rai de lumière qui a accès à notre inconscient et nous fait accéder, à notre tour, à l’éden perdu.

            Et c’est à l’occasion de la tenue de ma première rencontre littéraire, à la Brasserie « Le Mocca » de Joinville le pont en Ile de France, là où on s’est connu, que son entourage quotidien, découvrit l’artiste dans sa splendeur. Je l’avais convaincu de m’accompagner, de l’exposition de ses tableaux et de ses statues et de maquettes qu’il m’avait fait découvrir chez lui.

            J’étais émerveillé par les œuvres hétéroclites entassés dans un abri, à l’entrée de son habitation. J’eu l’idée de lui proposer de faire une démonstration publique de son savoir-faire dans le domaine du modelage et d’exposer toutes ses œuvres entassés dans ce débarras. Ses yeux ont brillé un instant, j’ai vu passé dans son regard la joie d’un enfant, à qui on propose de jouer à son jeu préféré ! Il se fit prêter un petit équipement auprès d’une association de femme retraitées qui s’adonnaient aux joies des arts plastiques.

            Et le jour J, tout Joinville découvrit l’artiste qu’il côtoyait chaque jour sans le voir. Joinville le pont et les réseaux sociaux découvrirent ce qu’on peut faire de ses doigts quand la magie vous habite ! Depuis ce jour, le regard des autres a changé envers l’artiste. On lui passa même commande de quelques portraits. Lui s’était réveillé d’un long sommeil et maintenant voulait rattraper le temps perdu.

           

Hassani Mhamed, André Achour, Makhlouf Bouiche, art plastique
l'auteur et l'artiste de part et d'autre du buste avec Zahir comédien le modèle, Makhlouf Bouiche écrivain et Yacine le patron du Mocca. Avril 2014

        Y a-t-il vraiment un temps perdu ? Personnellement je ne pense pas. Ce n’est que le temps nécessaire à une maturation. Maturation de l’être ou de l’œuvre ? L’élément déclencheur vient au hasard de notre vie. Finalement, nous errons peut-être à la recherche de ses éléments.   Peut-on parler alors, de hasard ? Nous ne sommes qu’une somme de particules à la recherche d’autres particules agissantes. Ainsi va l’être dans le cosmos qu’il habite à la recherche du cosmos qui l’habite. Un monde rêvé. Rassembler les particules autour d’une sensation de l’être en construction. Une cascade de métaphores.

            Mais que recherche le sculpteur en malaxant l’argile de ses doigts rompus ? L’image perdue ? La forme rêvée ? Le chemin de l’enfance ?

à suivre...

Mhamed Hassani

Poète dramaturge romancier

Chroniqueur culturel

Publicité
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article