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BAHBOUH Lehsen, l’autodidacte de ta maziptt qui enrage les universitaires

30 Janvier 2014 , Rédigé par Hassani Mhamed Publié dans #articles parus dans le quotidien La Cité

Lehsen Bahbouh  avec ses amis Hassani, Cheradi, Nekkar et Medjber. (aux poésiades de Bgayet et à l'association de Birkhadem)

Lehsen Bahbouh avec ses amis Hassani, Cheradi, Nekkar et Medjber. (aux poésiades de Bgayet et à l'association de Birkhadem)

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BAHBOUH Lehsen, l’autodidacte de ta maziptt qui enrage les universitaires

BAHBOUH Lehsen, l’autodidacte de ta maziptt qui enrage les universitaires.

« Ta mazight n’est ni bonne ni mauvaise, par contre i mazighen sont tantôt bons tantôt mauvais, c’est pour cela qu’il faut travailler ta mazight pour elle même. Je ne regrette donc rien de mon parcours de berbériste et de berbérisant. »

L.B

Bahbouh Lehsen, surnommés par ses détracteurs « apehpouh » par allusion à son choix d’introduire le « P » avec la valeur du « gh » dans sa proposition d’aménagement grammatical de la langue amazighe, reste un grand inconnu du jeune public. Le connaissant depuis les premières bouffées démocratiques de l’après octobre 1988, j’ai suivi ses mésaventures académiques au pays des hommes libres qui se prétendent champions de la démocratie. Quand on sait qu’à ce jour, aucune institution ne s’est penché sur le travail colossal qu’il a effectué sur la langue a mazighe, on est en droit de se poser des questions sur le pourquoi d’une telle marginalisation, d’un tel discrédit de ses travaux. Ces détracteurs ne sont jamais allé au delà de la raillerie pour jeter un regard intéressé sur les propositions de ce monsieur, qui a payé très chère son militantisme et qui maitrise dans ses moindres recoins la langue qu’il défend. Pourquoi dès son apparition, on a tout fait pour l’empêcher de diffuser ses propositions, on a tout fait pour le faire taire ? On l’a accusé de tous les maux pour le discréditer. Le fait qu’il s’oppose à une vision archaïque de Ta mazight a déclenché des désirs de meurtre chez certains, à croire qu’il a touché à un domaine réservé, qu’il a commis un sacrilège du fait de remettre en question les propositions de « tajerrumt » de Mouloud Mammeri, du fait de dire que la transcription phonétique de tamazight menait droit au mur ! L’agressivité et la violence avec laquelle il a été combattu et continu à l’être, pour lui barrer le chemin, ne s’explique pas par le seul argument scientifique qu’on brandit à tout bout de champ ! Une autre vision de la langue amazighe ne peut qu’apporter des éclaircissements nouveaux quand aux difficultés académiques de consécration de cette langue par ses locuteurs. A croire que Bahbouh L.est le seul à revendiquer tout l’héritage de l’académie Berbère de Paris (agraw imazighen). Un fait reste palpable, c’est que l’académie a relancé la revendication identitaire et linguistique en Algérie, dans les années soixante dix et avec elle, a réveillé chez beaucoup la vocation de chercheur autodidacte qui prolonge naturellement leur combat, en essayant de doter la langue d’instruments grammatical et orthographique pour son passage à l’écrit. C’est juste après que l’histoire s’accéléra et que d’autres groupes de recherches se mirent en place pour contrecarrer les travaux de l’académie Bessaoud Mohand Arabe prônait l’utilisation du tifinagh uniquement). Mais, on oublia que l’académie a enfanté des vocations en Algérie qui ont suivi leur chemin jusqu’en octobre 1988 où ils purent s’exprimer. Et là c’est le choc ! La sacro-sainte pensée unique a atteint nos démocrates, si bien qu’on fit beaucoup de mal au nom de l’accession au pouvoir sous couvert de promouvoir tamazight. Ainsi, ce qui aurait pu être un débat ouvert qui verrait la participation de tout le monde dans un premier temps, pour aller vers l’adoption d’un alphabet et d’une démarche cohérente avec notre histoire, s’est vu transformer en guerre interne. Un débat d’école s’est vu réduit à l’intrusion d’un caractère et le délire d’une personne !

Avec ce « P » on a voulu cacher et gâcher les efforts d’un homme qui a donné sa vie et son temps à cette langue.

Depuis plus de trente ans, la prise de parole de Lehsen Bahbouh a toujours déclenché des vagues d’insultes et de pression pour dissuader ceux qui s’aventure à lui tendre la perche, mais c’est aussi un grand moment de réflexion pour ceux qui veulent aller de l’avant dans la maitrise de la langue millénaire des amazighes. Aussi écoutons-le se livrer au quotidien « La Cité »

Qui est Lehsen BAHBOUH ? On entend beaucoup votre nom dans les milieux berbéristes, mais d’aucun ne peut nous dire d’où tu sors ! Alors, reprenons, dès le début si tu permets.

C’est vrai que je suis à présenter car inconnu au bataillon des universitaires et des hauts fonctionnaires de ta mazight. Bahbouh Lehsene est né un 16 novembre 1946 (le siècle dernier). Mon père mourut un 2 janvier de 1957 comme élément de l’ALN au village Vunaamane qui se trouverait entre la cote et les montagnes d’Azseffune, en allant vers Evgaite. J’avais onze ans à sa mort. . Mon oncle maternel et paternel (Mohand Ouvehloul) (Bahbouh Mohand de son vrai nom et prénom), me ramena, avec mon frère et mes sœurs sur Alger, à Birkadem, plus exactement, le 06 janvier 1957, soit une semaine après la mort de mon père. J’appris les rudiments de la langue française et son écriture dans une classe pilotée par des militaires français aux élèves non scolarisés à Zonka dans la commune de Birkhadem pendant une année, de juin 1957 à juin 1958. Le 25 juin 1958, j’intègre l’école publique (Les orangers) toujours à Birkhadem. Je quitte le primaire, ayant atteint l’âge de 14 ans révolus le 30 juin 1961. Sans faire le cycle moyen, j’intègre le secondaire au lycée André Chenier (Rue du 8 novembre) à La Redoute ( Mouradia), du 01/10/1962 au 31/07/1965. Je quitte définitivement la classe en 3ème année des lycées et collèges en juillet 1965 avec une convocation de regagner le C.E.T (Collège d’Enseignement Technique) du Ruisseau pour le 02 novembre 1965. Or, Le 29 octobre 1965 je fus recruté comme ANT (Agent Non Titulaire) par l’administration des postes et télécommunications où j’ai travaillé dix années durant.

Vos premiers pas dans la conscientisation du combat pour tamazight ?

En janvier 1971, un ami, un garçon de mon âge, Berraoui Mouhoub me remit une affiche publicitaire qui annonçait un gala artistique que l’Académie Berbère d’Échanges et Recherches Culturels ‘Agraw Imazighen’ à Paris allait organiser. Je pris mon stylo et écris une lettre au ‘Directeur de l’Académie Berbère’ à Paris. J’avais exprimé mes désirs de connaitre les activités de cette Académie et prendre part aux cours et travaux de langue tamazight qu’elle organisait. Moins de 15 jours après je reçus réponse de la part de M. Bessaoud Mohand Arav qui disait être satisfait de ma correspondance et espérait m’avoir parmi leurs adhérents. A la réception du premier bulletin de cette ‘Académie Berbère’ je fus convaincu de la nécessité d’en faire partie. J’avais donc rallié la cause ‘ta maziptt’ sous l’impulsion de Maitre Bessaoud Mohand-Arav. Je correspondais avec lui pendant cinq ans en lui écrivant tantôt en français, tantôt en ta maziptt. J’écrivais ta maziptt en employant souvent l’alphabet universel. Parfois, j’écrivais aussi en caractères ‘tifinagh’ qui ne nécessitait aucun effort pour être appris, puisque, pour chaque son distinct, on trouve un caractère distinct. Je m’entendais à merveille avec Maitre Bessaoud Mohand-Arav dont j’invoque le nom avec respect. Il rédigeait les éditoriaux de bulletins mensuels de cette Académie que je recevais sans affranchissement et diffusais à mon tour.

La situation de l’époque, les conditions de vie sous le règne de Boumedienne ?

Pendant tout ce temps, à Alger, parler ta maziptt en public était un exploit, une prouesse, un défi, c’est aussi prendre un risque ! J’avais, plusieurs fois été giflé par des gendarmes et policiers dans les rues d’Alger parce que j’ai osé m’exprimer en ‘kabyle’ devant eux ! A chaque fois que je recevais de ces rabrouements et coups, je me disais, ‘’il faut que je me venge’’. Pendant tout ce temps, je photocopiais, tracts, communiqués et bulletins de l’Académie Berbère que je remettais à des gens de mon entourage et que j’envoyais à d’autres sous enveloppes. Quand en 1973 je fais connaissance avec M. Cherifi Ahcène qui était aussi postier à Alger Centre de tri, je me disais qu’à nous deux, ses amis et les miens, nous allons former une bonne équipe capable de travailler ta maziptt dans un cadre organisé. Avec Mrs. Cherifi Ahcène, Kaci Lounas, Yennek Mokrane, Cherifi Ali, Hammoche Tahar, Ouazib Mohand Amezsiane, et bien sûr, Kahina, fiancée devenue épouse de M Kaci Lounas, nous nous constituâmes en ‘Organisation’ ‘ADEF’ (A fëse dtegge u fëse) (la main dans la main) en juin 1974.

C’est l’époque où j’étais lycéen et que je découvrais la revue ITIJ écrite en tifinagh, je me souviens d’une caricature qui représentait un élève assis et le maitre qui essayait d’enfoncer un alif (a arabe) avec un marteau dans la tête de l’élève qui lui dit : ewwet nig qim ! Donc c’était toi et ceux qui étaient avec toi qui nous faisaient parvenir cette revue écrite en tifinagh !

Oui, Chaque semaine, nous envoyions des centaines de tracts, des centaines de communiqués et des bulletins de ‘Agraw Imazighen’ à des gens de nos entourages et à ceux dont nous relevions, noms et adresses dans un annuaire téléphonique. Lorsque de ces destinataires nous écrivaient, ils adressaient leurs correspondances à l’A.B.E.R.C. 5 Rue d’Uzès à 75002 Paris. Et Maitre Bessaoud nous réexpédiait ce courrier. En octobre de 1974, la revue ‘Iwtij’ (Soleil) et la revue ‘Atmaten’ qu’éditait l’organisation ’OFB (organisation des forces berbères)dont nous connaissons Haroune Mohand, Cheradi Hocine et ‘Smail Medjeber’cessa de paraitre. Ce n’est qu’en février de 1975 que nous récupérâmes de Taourirt Moussa la ronéo avec laquelle étaient tirées ces revues. Depuis février 1975, ‘’ADEF’’ devient détenteur de la ronéo. Il n’y eu plus de retard dans le travail de reproduction de tracts et de revues ‘ADEF’ et OFB ! Nous tirions à quantité suffisante ! Pendant ce temps (décembre 1974 décembre 1975) Medjeber Smail était en France pour ses soins (asthmatique). Smail se rendit au local d’Agraw Imazighen où il rencontra Maitre Bessaoud. Smail et Bessaoud durent se rencontrer plusieurs fois pour entamer la discussion sur notre résistance à Alger. Bessaoud était étonné que Smail eut facilement l’autorisation de sortie. Smail le convainquit qu’il était là pour des soins et que la situation de ta maziptt, des i mazipen, de ti mazipen était à plaindre et en danger plus que le croyaient Bessaoud et tous les i mazipen habitant en France. En Algérie, la répression contre ta maziptt parlée et écrite s’accentuait, chaque jour un peu plus. Il y avait beaucoup d’électricité dans l’air. A chaque gala a mazip à Alger, nous fîmes contrôlés par la police. Souvent, on nous relâchait, car, nous circulions avec des fiches de payes récentes en poches, ce qui fait que nous étions tous de la classe ouvrière comme nous qualifiait M. Drali Ahcène du service ‘signalisation’ à la SNTF. Entre membres d’ADEF et OFB, on parlait de l’utilisation de ‘gros moyens’ pour faire entendre nos voix, la voie ta maziptt !

Qu’est ce que tu entends par les « gros moyens » ?

Le passage à l’acte ! On ne pouvait pas rester éternellement sur la défensive, qu’on passe à l’action. Quand en décembre 1975 Smail Medjeber arriva avec un lot de bombes à poser, nous parlions alors d’éviter de faire des victimes. Cheradi Hocine et Cherifi Ahcèn parlaient de ‘feu de poubelles’ dont consistait cette action. Bien sur, dès que j’eu la ronéo à ma disposition, je tirais sur stencil mes travaux de recherche linguistique, en même temps que les autres tracts, revues et communiqués. J’envoyais des exemplaires de tout ce que nous produisions à Maitre Bessaoud Mohand-Arav qui avait été, ces jours-ci, bousculé par ‘’les universitaires’’ Mammeri et Taous Amrouche. Il leur répondit par un éditorial qui avait pour titre ‘les loyalistes’ ou ‘les ‘formalistes’ ou ‘les conformistes’’ (je ne me rappelle pas exactement du titre). J’envois à Maitre Bessaoud, le résultat d’une des toutes premières de mes recherches et trouvailles en écrivant « Pour ne pas altérer l’orthographe de ta maziptt, ne peut – on pas écrire et lire « : Ajgu = Ijgû (ijga) Azru = Izrû (izra) ? Interrogeais-je Maitre Bessaoud qui me disait que c’est un bon travail, pas suffisant et que lui, jamais il ne cesserait d’écrire en tifinagh jusqu’à son dernier souffle ! Il me disait de ne pas arrêter de ces recherches, il faut que je les réussisse, insistait – il. Finalement, je n’ai mis un point final à mes recherches qu’en décembre de 1979, après trois ans de ma détention.

Donc vous avez été arrêté en 1976 pour atteinte à la sureté de l’Etat ? Est ce que tu peux nous donner des détails sur cette affaire de « poseurs de bombes » ?

Je viens de terminer l’écriture d’un livre où je dis tout ce que je sais pour l’histoire. L’essentiel, c’est que j’ai su transformer leur prison en lieu de recherche ! En effet, à Lambèze, j’avais travaillé en collaboration avec des i mazipen de toutes les régions et pays du nord de l’Afrique. A Birkhadem, en 1974, pendant que j’exposais de ces esquisses de recherches au domicile d’un de mes amis étudiant, (aujourd’hui il est médecin), on parlait de la comparaison de tifinagh aux caractères phonétiques sémitiques (arabes). Et, au cas où je voulais réussir mes recherches, mes travaux académiques, je ne devais donc utiliser que ces caractères universels allant de ‘A’ à ‘Z’ et de ‘O’ à ‘9’ ! Ce n’est donc qu’à la prison de Lambèze que j’eus le temps qu’il me fallait pour faire de ta maziptt une ‘langue’ écrite ‘orthographiquement’ dans ces alphabets universels !

A ma sortie de prison, le 06 novembre 1983, (j’avais en tout, passé 8 longues années de prison, (6 mois dans une prison militaire et 7 ans et demie à Lambèze) tout ce que j’avais noirci comme papier (des kilos !), de ma main m’avait été confisqué par le directeur de la prison de Lambèze le matin de cette journée de ma libération.

On ne te les a pas restitués étant donné que c’est des travaux de recherches ?

On ne m’a rien restitué à ce jour et si quelqu’un peut me les restituer, ça m’aidera énormément pour reconstituer ma démarche, les ouvrages consultés, les personnes interrogées pour confronter les différent parlers amazighes, tout y est dans ces quelques 5kgs de papiers ! Aujourd’hui il m’est impossible de reconstituer de mémoire tous les ouvrages que j’ai étudiés en prison, y avait même des codétenus étrangers (hollandais, belges, nord-américains, norvégiens, italiens...) qui par le biais de leur conseiller culturel, ambassade, membres de leur famille qui leur rendaient visitent, me commandaient des titres de livre de grammaire et autres concernant leur langue respectif ! Ils étaient d’une serviabilité sans limite pour me fournir ces livres ! Même le pape m’en ramenait et venait me rendre visite par curiosité ! Tous ces livres m’ont permis d’étudier les différentes grammaires pour en comprendre les mécanismes de mise en place des règles d’orthographes adoptées pour chaque langue. Les témoignages vivants des détenus des différentes régions amazighes, y compris Maroc, Lybie, Mali... ainsi que les ouvrages, grammaires orthographes dictionnaires des différentes langues des pys cités plus haut, m’ont servi de base pour mes recherches. Telle a été mon université !!

Comment as-tu fait pour restituer tout ce travail ? L’as tu proposé à des chercheurs ou des éditeurs ?

Je repris la réécriture de mon ouvrage que j’avais intitulé ‘T irrigoemt’ (Grammaire) (aujourd’hui revu, corrigé et enrichi) dès ma sortie de prison. Mon ouvrage, je l’avais proposé à l’édition à Salem Chaker de l’INALCO au mois de mai 1984. Ce dernier m’avait repoussé sans aucun ménagement, il m’opposa un refus catégorique, non seulement d’éditer cet ouvrage mais il disait refuser même de le lire. Ce n’est pas conforme aux travaux de Mammeri, m’écrivait-il.

Mr CHAKER, t’as adressé un courrier ?

Bien sur et j’ai gardé ce courrier !

En février 1989 j’essayais de l’éditer chez l’édition ‘pensée universelle’ où je m’étais rendu. Ils m’ont exigé une contribution de 20.000 anciens francs. J’ai essayé de collecter la somme auprès de nos chanteurs les plus en vue de l’époque, la crème de nos chanteurs engagés, le 12 janvier 1992 exactement en fêtant Yennayer au campus universitaire de Tizi Ouzou. Ils m’opposèrent un « niet » catégorique.

Tu peux citer ces chanteurs ?

Ils se reconnaitront bien ! Je laisse ça pour l’histoire.

Ensuite a Mas Bahbouh ?

Je me suis adressé à l’édition ‘Machahu’ à la place d’Italie en France (29 Rue des 5 diamants). J’avançais 13.000 anciens francs au propriétaire Saadi Ramdane par l’intermédiaire de mon ami M. IGHIL Mohand. J’ai toujours le papier signé par Saadi Ramdane (reconnaissance d’avancement de ce montant de la part de M. IGHIL Mohand, sur l’autre papier, il détailla les modalités de tirage de cet ouvrage dont l’auteur est Bahbouh Lehsene. Saadi Ramdane ? Non seulement il n’a pas fait le travail mais il ne me remboursa même pas. Je me suis plaint à son frère Said à Alger qui avoue ne pas avoir d’influence sur lui. Au téléphone, Saadi Ramdane était toujours aux abonnés absents, de jour comme de nuit. Mon ami IGHIL Mohand me dit alors d’abandonner la partie.

Tu n’es jamais allé en France ?

Je n’en ai pas les moyens, les quelques sous que j’ai pu récolter, que j’ai mis, malgré ma misère, au service de ta maziptt, m’ont été subtilisé par ceux qui devaient m’aider !

Cela ne t’a pas découragé ?

Non, pas du tout ! Pendant ce temps, à Birkadem/Alger, moi et quelques uns de mes amis, nous activions dans le cadre associatif, pour la culture et la langue ti mazipen. Notre association était dénommée ‘’Ilessee edtee u Idtlessee’’ (langue et culture). Nous proposâmes notre ouvrage à Idir Ahmed Zaid de la Fédération Nationale des Associations Culturelles et Scientifiques siégeant à Tizi-ouzou, Idtir, non seulement il n’accepta pas notre proposition mais aussi fait tout pour nous marginaliser, nous évincer du prix ‘Mammeri’ qu’il avait institué.

Toutes les portes se fermaient dés ton apparition ! Qu’est ce qui fait peur à tous ces gens là ? Personne ne t’a tendu la main pour faire connaitre ton travail ?

En tant qu’association activant à Birkadem, nous reçûmes l’invitation du collectif des associations d’Aokas à Evgaite pour une exposition de nos travaux. A notre arrivée à la maison de culture d’Aokas, nous avons été accueillis par M Hassani Mhamed Président de ce collectif d’associations. C’était donc grâce à lui que notre ouvrage vit le jour bien que techniquement, il était tout à fait artisanal. Les ‘phonétistes’, ceux que nous qualifions volontiers du courant ‘Mammeriste’ rejetèrent en bloc et dans le détail le contenu de notre ouvrage, souvent sans l’avoir lu.

C’était la guerre déclarée contre Bahbouh !

Oui, à ce jour, On me traite de tous les noms d’oiseaux sans consentir à jeter un regard sur mes travaux ! Pourtant, le public lecteur n’était pas aussi hostile, ni allergique à nos propositions académiques que le sont les suivistes de Mammeri, car les éditions Bouchène, Enal, et autres librairies d’Alger avaient bien vendu les exemplaires que je leur avais proposés en dépôt de vente. Je remis aussi des exemplaires à l’ONDA, à la Bibliothèque nationale, et à M Kahlouche Rabah, recteur de l’université Hasnaoua de Tizi-ouzou en vu de les proposer aux étudiants et étudiantes pour, probablement, leurs thèses qui porteront sur le progrès scolaire et orthographique de langue ta maziptt. Malheureusement, les tenants de la pensée unique amazighe étaient là pour se rendre autodafés, car, Kahlouche Rabah que je revis quelques jours après aux Galeries ‘Frantz Fanon’ à Alger avait voulu que je lui remplace de ces exemplaires qu’il ne retrouvait pas. En 1986 j’enseignais ta maziptt par la radio chaine II, les gardiens du « temple phonétiste » étaient intervenus pour m’évincer de la radio et me remplacer par un des leurs.

Dans le cadre associatif, vous avez enseigné ta maziptt ?

Pendant quatre années, de janvier 1990 à janvier 1994, dans le cadre de nos activités linguistique dans l’ l’association ‘Ilessee edtee u idtlessee’ (langue et culture), Nous avions 120 élèves-correspondants (garçons et filles) qui se formaient dans cette langue et écriture avec nous.

En aout 1995, après la grève du cartable en Kabylie, actions que nous avions soutenues par nos marches à Ain benian / Alger, et à Alger-centre, à l’appel du MCB, Il y eu la création d’une structure chargée du développement et de la promotion de ta maziptt, plutôt de ‘tamazight’ ou de ‘tamazigt. Structure dénommée (H.C.A.) Haut Commissariat à l’Amazighité. Ceux qui avaient signé les accords du mois de mai 1995 désignèrent la personne qui a accepté de s’aligner sur leur thèse, (Ait Amrane Mohand Ou Idir), à la tête de cette structure. D’ailleurs en cours de route, il s’est révolté et à commencé à désobéir en publiant ces travaux ! Au secrétariat général était désigné Djamal Ferdjellah, et Madjid Yousfi comme porte-parole officiel. Les éléments de la direction nationale du RCD crurent trouver solution au problème ‘ta maziptt’ tout en ayant l’impression d’avoir un pied dans le Pouvoir. Mais, la solution de ta maziptt n’étant pas ‘politique’, elle est devenu la propriété de bricoleurs qui ne ratent aucune occasion pour nous rappeler qu’ils sont ou étaient des ‘universitaires’ ! Cela fait dix huit (18) longues années depuis que cette structure (HCA) existe. Plus nous avonçons dans le temps, plus on éloigne ta maziptt de ses locuteurs. Des élèves qui ont suivi un cursus (4 à 5 années, ne retiennent rien de cet enseignement approximatif de la langue. Quand on ne sait pas distinguer un singulier d’un pluriel ou un temps de conjugaison d’un autre, de quelle maitrise peut-on parler ? L’incursion politique du RCD dans le gouvernement par le truchement du HCA ne résolut pas le problème de langue ta maziptt qui reste posé à ce jour ! Il est vrai que les sincères pratiquants et pratiquantes de cette langue sont suffisamment désorientés, voir inquiets, inquiètes, ne sachant pas sur quel pied danser, comme disait l’adage, car à une solution ‘académique’ on a appliqué un remède ‘politique’ qui ne saurai être efficace. Le français, la langue française n’ayant aucun statut constitutionnellement parlé est enseignée aux élèves nationaux qui sont happés par ses règles d’écriture orthographique par opposition à l’arabe qui est, constitutionnellement parlé, ‘seule langue nationale et officielle’ mais ne s’en sort pas parce que s’écrivant phonétiquement ! Ce que j’avance là n’est pas une vue personnelle, une opinion propre à moi, cela, je l’ai vérifié à travers les opinions exprimés par beaucoup de personnes qui s’intéressent de prés à la langue ta maziptt. Ces personnes manifestent leurs inquiétudes devant tant de médiocrité graphique qui sévit. Effectivement les utilisateurs de la langue ont hâte de voir tranché définitivement ce problème d’écriture de notre langue ! Les avisés n’ignorent pas que cela fait plus de vingt (20) ans que nous n’avons pas cessé de crier sur tous les toits que ta maziptt peut et doit répondre à des critères académiques d’enseignabilité et cela grâce à nos efforts fournis dans des conditions difficiles. Comment enseigner une langue qui n’a pas d’orthographe ? Malheureusement, les arrivés, le courant phonétiste qui se cache derrière la stature de Mouloud Mammeri en le sacralisant et en empêchant tout autre débat de surgir, et tous les désignés à la gestion politique de cette langue dans le cadre du HCA continuent de faire la sourde oreille à cette réalité manifeste. Ce qui, effectivement, nous a déçu et continue de nous décevoir.

Votre sincère engagement et votre honnêteté intellectuelle, vous a condamné à l’isolement, quelle impression quand vous jetez un regard au loin, depuis votre sortie de prison ?

Je suis sorti de prison le 06 novembre de 1983, il y a trente (30) ans de cela. Ma satisfaction est que j’ai gardé un maximum, non pas le minimum, de mes facultés mentales, cela m’a évité d’être à la charge des miens qui, eux aussi vécurent longtemps obérés par les dettes qu’ils avaient contractées à cause de moi. Les gens de bonne qualité humaine particulièrement Mrs. Djellout Mokrane et Sari Ahmed m’avaient aidé à trouver un travail. Pour organiser mon mariage en aout 1985, d’autres amis aussi généreux et magnanimes intervinrent. Aujourd’hui, j’ai deux enfants (Amazighe et Idir). Ils sont âgés de 26 et 18 ans. L’ainé, fait de petits boulots afin de suppléer quelque peu à ma retraite de smicard. Je suis, avec ma femme et mes enfants hébergé (s) chez mes beaux-parents. N’ayant donc pas de compteur ni d’eau, ni d’électricité à mon nom, je reste ce SDF (Sans Domicile Fixe) depuis mon élargissement de Lambèze. Maitre Bessaoud Mohand-Arav qui m’écrivais d’Angleterre, me rappelait que « Nous travaillons ta maziptt et pour ta maziptt, qui elle, est belle et bonne, non pas pour i mazipen ou ti mazipen qui sont tantôt bons tantôt mauvais (es) » Je ne regrette donc rien de mon parcours de berbériste et de berbérisant.

Entre nous, tu n’es pas tendre dans tes propos quand tu interviens sur les réseaux sociaux (face book), tu tires sur tout ce qui écrit et tu provoques l’animosité des gens !

Le propre de l’homme est de débattre ou de se battre jusqu’à épuisement des arguments de l’un. Quand on vous refuse la parole et le ring, vous provoquez à tout bout de champ pour arracher ce droit. Les gens s’offusquent qu’on touche aux morts pendant qu’ils écrasent les vivants. Monsieur Mammeri Mouloud n’a jamais dis que son travail était achevé, et ce n’est pas lui manquer de respect que d’aller dans un autre sens. Tajerrumt était une réponse d’urgence inspiré des travaux des linguistes français qui n’étudiaient pas ta maziptt pour l’enseigner à ses locuteurs. Ce n’était qu’une curiosité scientifique pour eux. Moi, je propose une démarche qui va au fond de la langue, pour la structurer et la rendre visible à ses locuteurs et lecteurs. J’ai eu l’occasion de présenter mes travaux à Monsieur Mammeri, il s’est étonné et m’a lancé : mais où as-tu trouvé le temps de faire tout ça Mr Bahbouh ? Je lui ai répondu : mais en prison Monsieur Mammeri ! Il m’a encouragé et même promis de me faire la préface de mon ouvrage à son retour du Maroc. Malheureusement, il est parti sans retour et beaucoup exploite ce vide à leur profit.

Comme après chaque discussion avec Lehsen, je reste silencieux pendant un bon moment pour nous permettre de dégager et de reprendre notre discussion sur un autre volet. Je me recueille au fond de moi, j’ose à peine le frôler du regard tellement j’ai peur de le voir s’envoler comme une feuille de papier où est inscrite la dernière règle d’orthographe de la langue ancestrale de ce pays. Quand je regarde sa frêle silhouette, je me demande où va-t-il puiser autant d’énergie pour survivre à toutes ces animosités qui lui barrent le chemin de l’expression. Il avance dans le dénuement comme un saint vers son sanctuaire. Rien ne l’arrête dans son cheminement vers les hauteurs de la lucidité. Pour moi, il est et reste l’incarnation même du génie amazighe. Et si vous voulez faire plaisir à Lehsen, demandez lui quelques explications sur un phénomène linguistique que vous avez constatez, il se mettra en quatre pour vous expliquez les tenants et les aboutissants de cette belle langue qu’on veut nous faire détester !

Pour ma part, c’est grâce à Lehsen que l’envie d’écrire en amazighe m’a repris parce que je commençais à la perdre juste après l’octobre 88 qui nous a permis de nous rencontrer tous. Ce sera l’objet d’un prochain entretien avec monsieur Bahbouh Lehsen, qui n’est déjà plus un inconnu ! N’est ce pas ?

Mhamed HASSANI

mhendhass@gmail.com

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