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entretiens avec Elmes artiste plasticien

29 Janvier 2014 , Rédigé par Hassani Mhamed Publié dans #articles parus dans le quotidien La Cité

entretiens avec Elmes artiste plasticien

L’artiste plasticien ELMES : où le juste milieu

« La richesse artistique se nourrit de liberté, alors que la richesse matérielle est faite de soumission et d’obéissance. »

Bahloul Messaoud, nom d’artiste « Elmes », est né en 1955 dans la commune de Tazmalt, wilaya de Bejaia.Après sa scolarité, il suivit des études à l’école supérieure des beaux arts d’Alger où il obtint son diplôme en céramique.

C’est lors de son service national qu’il s’adonna entièrement à la peinture en approfondissant la connaissance des différents courants.

Ses recherches le mènent petit à petit vers l’étude des symboles dans la culture universelle. La forme triangulaire l’obséda au point d’en faire le moteur de l’évolution en toute chose, en tout concept, le chiffre trois revient à la surface. Une série de tableaux en traduisit toute la profondeur de sa réflexion. Son exposition à Paris, accompagné de textes poétiques de Mhamed Hassani écris pendant que l’artiste réalisait ses tableaux (voir le texte : Listaâ g ddiq), lui valu de se distinguer.Néanmoins son parcours lui a fait fréquenter d’autres pistes fleuries de questionnements artistiques, comme sa participation à des projets d’embellissement de villes, notamment sa première expérience en 1978 sous la direction du grand peintre M’hamed Isseyakhen. De ces expériences, il a gardé ce regard critique porté sur le développement urbain en Algérie qui néglige complètement le coté esthétique des ouvrages, reniant par là, le rôle de l’artiste dans la société.

Il capitalise plus d’une trentaine d’exposition en Algérie et d’une dizaine à l’étranger où il a décroché le deuxième prix en 2007 au salon international d’art plastique de l’Amicale Régionale du groupe Renaud.

Ces derniers temps, sa production artistique a stagnée du fait de son instabilité sociale. En effet il a passé ces dernières années entre l’agriculture et l’enseignement. Les déplacements et le contact quotidien avec la société, n’ont pas eu raison de son esprit critique. Au contraire, la vivacité de son esprit d’analyse m’a poussé à aller plus loin avec lui.

Monsieur ELMES, pour les besoins des lecteurs du quotidien « La Cité », pouvez vous nous introduire un peu à votre parcours artistique ?

Issu de l’école nationale des beaux arts d’Alger promotion1982, j’ai essayé de pratiquer mon art en harmonie avec ma vision. Avec le temps j’ai constaté que si l’artiste n’était pas vigilant, il se retrouvait vite réduit à un artisan de bas étage qu’on promène dans des salles vides en lui remplissant les poches. C’est à dire, qu’on vous enrichie matériellement en vous appauvrissant artistiquement. Il n’y a plus d’échange avec la société et l’artiste meure silencieusement en vous pour faire place à un être bizarre qui fût mais n’est plus.

Les deux ne vont pas ensemble ? la richesse artistique et matérielle ?

  • Ailleurs peut-être, chez nous l’une évacue l’autre. La richesse artistique se nourrit de liberté, alors que la richesse matérielle est faite de soumission et d’obéissance.

Comment vois-tu la pratique culturelle en Algérie ?

La pratique culturelle dans notre pays nage dans la confusion généralisée des rôles. Les directions de la culture et les maisons de la culture ne parlent que de programme d’animation culturelle, mais qu’anime-t-on au juste ? En fait, ily a eu un glissement de leurs missions réelles vers les missions des directions de la jeunesse et du sport. En effet ces dernières sont chargées de l’animation culturelle et sportive qui permet le développement des relations sociales de ceux qui y participent, où chaque individu prend conscience qu’il peut se construire, se développer par lui-même. Cette animation ne se définit pas uniquement par des activités dont on pourrait dresser la liste, ni par un degré d’implication de l’animateur professionnel. Elle se déroule tant à l’intérieur qu’à l’extérieur des centres de vacance, de loisirs ou de maison de jeunes qui sont des espaces réservés aux amateurs.

Soyons plus précis, qu’est ce que cette confusion des rôles au niveau des institutions ?

Pour être plus précis la confusion enveloppe le mot animation, c’est l’arbre qui cache la forêt.

En tout cas pour les deux institutions culturelles, je l’ai souligné à plusieurs reprises, l’animation ne doit pas être l’axe principal de leur action culturelle. Elever le niveau afin de faire participer le professionnel, le semi-professionnel chacun a sa valeur. Les autres, peuvent s’inscrire au niveau des ateliers de la maison de la culture et activer dans les différents domaines d’action de la jeunesse et des sports, dans un centre de loisirs, maison de jeunes et être le lieu de manifestation culturelle. La confusion va plus loin quand on qualifie d’objet d’art toute babiole artisanale et d’artiste n’importe quel artisan extravagant, quand c’est le gestionnaire, un administratif qui gère la culture !

Vous voulez dire que la confusion des rôles des institutions a mené à la marginalisation des professionnels de l’art ?la pratique culturelle doit être le fait de professionnels ?

Mais oui ! Comment y voire clair aujourd’hui avec l’arrivée des professionnels qui soufrent d’une marginalisation réelle ?C’est un choc entre la perfection et le populisme de très bas niveaux. Les charlatans et les commerçants se sont accaparés des espaces sous la couverture de l’animation culturelle, et bien sûr sous haute surveillance de la direction de la culture et la maison de la culture. Une vision des choses très décourageante, souffrant d’un désordre inquiétant, surtoutquand on voit que tout est géré dans l’opacité totale sans aucun contrôle et que les gestionnaires sont animés d’une haine et d’un mépris inégalés envers les artistes professionnels, laissant place libre à l’islamisme qui gangrène la société. Un seul imam attire des foules plus que toutes les institutions du ministère de la culture.

Pourtant des programmes dotés de budgets colossaux sont mis sur pieds ?

Quelque que soit les programmes de ces dernières, la culture ne peut que dégringoler, il ne reste que les murs qui meubles les statistiques.L’essentiel pour eux, c’est qu’une animation culturelle se fasse, se déroule avec n’importe quel moyen,du tape à l’œil. Ils n’ont que fairedu savoir-faire de nos artistes, ni de leurs projets artistiques et culturels qui logiquement devraient rehausser le prestige de leurs établissements.Aucune stratégie, après s’être coupé de la société, ils se permettent dedépenser des sommes colossales sans être inquiétés. Le commerce et la médiocrité priment sur la penséeintelligente.

Vous parlez de mauvaise gestion, de l’absence de contrôle, de gaspillage, de marginalisation des artistes... et la société civile dans tout ça ?

La politique nationale participe à l’éradication de la société civile et de tout projet ou processus culturel, parce qu’il constitue, par nature, un élément de contre pouvoir. Le ministère à largement contribué à cette situation. Cette dernière est l’issue logique d’une gestion politique de la culture orientée vers la dépense. Celle-ci passe à coté de l’intelligence agissante de la société. Mais ce potentiel ne peut se révéler que dans des conditions de transparence,où l’avancement dans la hiérarchie sociale se fait par le mérite et l’effort et non pas par la cooptation, l’incompétence et la docilité.

Mon ami Elmes, me quitte précipitamment pour aller prendre le dernier bus Bejaia-Tazmalt où il a été contraint de se replier ces dernières années pour exploiter le verger familial à défaut de vendre ses tableaux. Dans sa tête, j’image un embouteillage égal à celui qui l’attend sur le trajet du retour. ». Et me vient à l’espritle « roman de la pénétrante »cet autoroute qui s’écrit péniblement à travers une Kabylie qui se cherche entre modernité tapageuse et ruralité prometteuse. Il m’a donné rendez vous sur site, à Tazmalt, prochainement pour m’entretenir d’une autre préoccupation majeure : « L’esthétique de la ville ».

A suivre : entretien sur « l’esthétique urbaine » avec le même artiste

Entretien réalisé par M’hamed HASSANI

Listaâ g ddiq

Ou

Quand les couleurs creusent les murs

Durant quelques mois, j’ai fréquenté régulièrement l’atelier de l’artiste peintre Elmes. Chaque fin de journée de travail, de 17 heures à 18 heures, je faisais irruption dans ce minuscule aquarium perché dans un coin de l’immense et poussiéreux marché au trois quart inutilisé, qui fait office d’atelier à notre ami Elmes. Encore heureux qu’il ait trouvé refuge, puis qu’à la dernière exposition il était SDF ….

Ma première visite, n’a fait qu’en rajouter à toute ma lassitude et mon désarroi quand à la place de l’expression artistique à l’heure actuelle dans notre pays.

Je m’étais interdit l’espoir et me refusait tout compromis avec lui.

Mon ami Elmes est revenu me relancer à chaque fois ; puis à la dernière, il m’a parlé de son exposition qu’il devait à tout pris préparer pour le début avril. Je me suis rendu compte qu’il était sérieux et seul et qu’il appelait au secours !

C’est ainsi que je me suis engagé à le soutenir à défaut de l’aider d’autant plus que je ne comprenais rien à la peinture. Pour cela j’avais besoin de me mettre dans le bain. Mon ami fut ravi de me voir revenir et feuilleter des revues d’arts qu’il déposait exprès à porté de main. Il me gâta à tel point que je commençais à le tarauder de mes questions d’élève qui s’éveille à une matière qu’il a boudé dans le passé.

Elmes parlait de ses triangles comme de ses enfants terribles que l’entourage refuse d’adopter parce qu’il ne comprenait pas cette nudité, cette arrogance de l’artiste à se compliquer l’existence au lieu de peintre des natures mortes et des demoiselles bien ressemblantes. Lui de son coté creusait pour montrer que cette nudité n’était qu’apparence et que la vérité est profondeur.

Au fil des jours (des heures ?) les formes et les couleurs creusaient les murs …

Le peintre s’essaya à tous les discours.

Le poète joua au matelot raillant l’albatros dans sa démarche.

Le peintre fit appel à tous ses maîtres qu’il condensa dans des résumés géométriques …

Notre poète ne voulant pas montrer son inculture se chercha des appuis triangulaires. A son tour, il essaya d’entraîner le peintre dans des rimes aquatiques et des rêves catastrophes. Celui-ci s’avéra bon nageur et habile interprète…

Au fil des heures (des mois ?) les formes et les couleurs creusaient les murs…

Echange de vécu philosophique et artistique. La création est universelle. Les sensations s’entremêlent et s’aiguisent.

Le poète se hisse à proximité du pinceau : ce qu’il vit lui ouvrit d’autres perspectives.

Le peintre s’enlise dans le piège des mots avant de s’en faire des alliés sur le chemin de sa quête.

L’artiste a mis le cadre en place. La couleur se charge de sens.

La forme est l’idée et la lumière réfléchie.

L’artiste se libère du cadre et la couleur prend forme et nourrit le sens.

Au fil du temps les formes et les couleurs creusaient les murs…

Dehors, guerre ouverte contre l’avenir

Etouffante impression d’efforts gratuits, sans lendemain, sans destin :

Vaine tentative.

Dangereuse tentation du vide

Chute au bout du pinceau - stylo

Néant nourri de nausée

Avancer sur fil tendu

Funambules de l’extrême

Et …

Puis les murs s’effondrèrent et la lumière jaillit pulvérisant les contraintes matérielles et libérant l’imaginaire.

L’atelier de mon ami parut spacieux et lumineux au point d’être un lieu de rencontre. Des peintres s’y retrouvèrent, lancèrent une idée d’association.

M’hamed HASSANI1995

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entretiens avec Elmes artiste plasticien

Interview de l’artiste plasticien ELMES (suite)

« Lorsque la créativité collective décline dans les domaines social et scientifique, c’est le commencement de l’effondrement du pays. »

Propos :

Coïncidence ou signe évident d’une convergence de préoccupation citoyenne ? Au moment de boucler l’interview de Monsieur Elmes, artiste plasticien, sur l’esthétique de la ville, je tombe sur la déclaration de la coordination des associations de Bgayet qui interpelle les autorités sur la même problématique ! Et non seulement le phénomène de gourbisation est identifié de part et d’autre, mais même les causes se rejoignent en pointant du doigt l’incompétence et le gaspillage des hommes désignés à la gestion de la cité ! Il est peut-être temps d’écouter ces appels au changement et que la société civile renaisse de ses cendres pour mener à terme les grands élans nés au lendemain d’octobre 88.

La question de l’esthétique urbaine, on l’entend souvent dire, est l’affaire de tous, mais faut que ce « tous » soit identifié et concerté dan s tous les projets qui implique le bien être des citoyens.

A commencer par la collectivité locale qui peut et doit améliorer l’entretien et le nettoyage des rues, et procéder à la réhabilitation des bâtiments communaux. Elle peut aussi inciter les particuliers à la réfection des façades à l’aide de subvention dans les cités populaires faite de logements évolutifs et autres formules d’accès au logement. Mais, l’implication de tous, par de petites choses souvent, reste la solution à même de rendre nos villes agréables.

Bien sûr que nombre de chose dégradées reste de la responsabilité du propriétaire, tel que : les vieux pans de murs de construction délabrés, les murs neufs qui attendent d’être crépis...

Avant d’entrer dans le vif du sujet, je voulais m’assurer que notre ami Elmes, en a bien fini avec les directions de wilaya et les maisons de la culture.

Cette mauvaise gestion et ces confusions de rôle proviennent à ton avis de quoi ?

Le désastre culturel provient du choix des personnes mises à la tête de ces institutions ! Ils ne différencient pas entre artisanat et art, entre art plastic et objet en plastic ! De la gesticulation à outrance pour occuper l’espace public réalisé initialement pour abriter nos rêves, en fin de compte c’est le tombeau de nos espérances ! ... du remplissage du remplissage, c’est tout, ce qu’ils font à tous les niveaux dans toutes les institutions, du remplissage jusqu’à la mort, ils ne feront que du remplissage, à la télé, dans les salles, dans les journaux, dans les administrations...tant qu’il y aura du pétrole on ne fera que justifier virtuellement des dépenses réelles, parce qu’il ne subsistera rien de tous ces tralala, de tous ces bouqalas à la c...

T’es en colère, et c’est légitime, pour un artiste marginalisé au moment où il doit être au faîte de sa carrière. Mais quelles sont les propositions pour sortir de ce bourbier ?

T’as raison, si nous gueulons sans rien proposer, on dira qu’on ne sait que pleurer. Nous avons notre vision, mais qui nous sollicite ? Personne ! Nous n’avons même pas de carte d’artiste, cela veut dire qu’on n’est même pas reconnu comme tel ! Imaginez que la seule possibilité qui nous est donné c’est de nous assimiler à des artisans pour arriver à nous faire payer nos réalisations artistiques.

Nous sommes en plein dans notre sujet du jour : l’intervention des artistes dans l’esthétique de la ville.

Pour parler d’esthétique de la ville, il faut jeter un regard dans l’histoire des villes. Prenons exemple sur la ville que nous aimons beaucoup : Bgayet-Bejaia-Bougie, La capitale des Hammadites, au 12ème siècle, était à l’apogée de son esthétique. Des palais furent édifiés, d’une belle architecture qui servit de modèle à ceux de Palerme. Des philosophes des historiens et des hommes de lettres venaient d’Espagne, d’Italie, d’Orient. Parmi les jeunes gens devenus célèbres, on peut citer Léonard de Pise (l’architecte de la tour de Pise). L’autorité politique passa de mains en mains, chaque dépositaire du pouvoir s’efforçant d’assurer une gestion salutaire du patrimoine esthétique de la ville.

Qu’en est-il aujourd’hui de cette capitale au passé glorieux dans un présent chargé de nostalgie ?

Est ce que ça servirait à quelque chose de parler du désastre que vie la ville de Bougie, en termes d’architecture nouvelle ou de conservation du bâti ancien ? Qui en est responsable et qui répondra devant l’histoire ? Nous nous lamentons et aucune autorité n’a l’air de s’émouvoir ! Tout le monde est impuissant ! Il n‘y a que des discours pour remplir l’espace, mais la décrépitude continue inexorablement !

Mais pourquoi à notre tour, dans une nouvelle vision, nous n’avons pas mis l’art au service de l’esthétique de la ville.

Comment ? Mais c’est simple, tout est possible quand la volonté politique existe ! Il suffit de libérer les artistes dans la ville, de les laisser s’imprégner de son âme, libérer leur imagination à travers les rues, les espaces de la ville, le temps qu’il leur faut pour situer la géographie esthétique de la ville, de la wilaya en entier et du pays bien sûr ! Car si la connaissance est limitée, l’imagination englobe le monde.

Citez nous un exemple salutaire d’intervention de l’artiste.

Je voudrais simplement citer l’exemple de la réalisation de la sculpture d’une huilerie traditionnelle dans la ville de Tazmalt.

C’est lors de l’exposition collective des artiste de la région à la fête du fellah organisée par l’association des fellah et de l’Apc de Tazmalt que l’idée a germé dans nos têtes.

Partant de l’idée que Tazmalt était la première productrice d’huile de la région et du pays, nous nous sommes dit pourquoi ne pas exprimer artistiquement cette distinction. Le collectif des artistes a proposé au Maire de débloquer un budget pour réaliser un projet artistique qui va cristalliser cette vocation de la région et embellir la ville.

Donc l’idée est née de votre participation à un événement économique ?

Bien sur dès qu’il y a un regroupement d’homme, il y a réflexion, chacun selon sa compétence !Pour appuyer cette idée, j’ai fait un exposé sur l’esthétique de la ville que j’avais déjà eu l’honneur d’exposer à nos élus de l’APW en avril 2011. En effet j’avais soulevé l’anomalie de confier des stèles dédiées à la mémoire de nos martyres, à des maçons. Ainsi d’ailleurs que la réalisation de rond point ou autre façades qui agressent les regards. Il est vrai que tout le monde approuve notre discours mais la réalité reste amère.

Le projet de Tazmalt a vu le jour, comment s’est passée cette réalisation ?

Une fois le projet retenu, Le collectif d’artiste a soumissionné et s’est vu attribué le marché. Malheureusement le budget était insignifiant. Dès le démarrage les difficultés ont surgit au niveau du quantitatif : il fallait justifier les quantités de fer rond à béton, les agrégats, le ciment... le code des marché ne fait pas la différence entre construire un mur et réaliser un projet artistique. Ce dernier ne se résume pas à des quantités de fer et de ciment.

Un projet artistique fait appel à d’autres matériaux diversifiés tel que la céramique, le plastic, le verre, le bronze, le bois, le cuivre et j’en passe.

L’autre grande difficulté est la méconnaissance de nos responsables (désignés et élus) du domaine artistique qui entraine l’absence de proposition de projet artistique et culturel et du suivi de sa réalisation dans sa totalité.

Donc pour toi l’esthétique de la ville se limite à la réalisation d’oeuvres artistiques à travers la ville ?

L’esthétique de la ville est un tout. Là je n’ai parlé que de ce coté où je me sens interpellé et responsable. Sinon, tout ce qui apporte un mieux être relève de l’esthétique. Du ramassage des ordures à la réfection des façades, à l’organisation des espaces en général, du transport. En ce qui me concerne, je considère que concevoir un projet artistique c’est faire acte de résistance. La dégradation de l’environnement et du cadre de vie traduit notre dégradation, surtout nous les artistes qui avons le devoir et l’obligation de propager le beau, le saint, en un mot la vie.

A Tazmalt, le courant est passé avec l’APC, où est le problème ?

Si le projet a été réalisé, c’est beaucoup plus par défi. Sinon financièrement c’est comme si on avait fait un travail de maçon ! On voit l’argent partir n’importe comment, quand il s’agit d’une réalisation artistique on commence à compter les sous ! L’argent seul, sans accompagnement artistique, a fait beaucoup de laideur et de mocheté dans notre pays.

Que proposes-tu pour remédier à cet état de fait ?

D’abord et avant tout, un statut pour l’artiste ! vous savez que les plasticiens sont obligés de se faire passer pour des artisan de n’importe quoi pour pouvoir avoir du travail ?

Il faut revoir le code des marchés qui doit prendre en considération les spécialités des beaux arts, et spécifier les projets d’art visuel (sculpture, jet d’eau, fresque murale) et enfin encadrer les projets artistiques d’envergure (communal ou national) avec une règlementation claire et nette.

Les ministères concernés par les projets artistiques doivent prévoir des budgets à cette fin.

En conclusion ?

Lorsque la créativité collective décline dans les domaines social et scientifique c’est le commencement de l’effondrement du pays. C’est la symbolique du triangle appliqué à ce triptyque : la base étant composé du social et du scientifique, leur déclin mène à l’effondrement.

Pour chaque projet, nous devons former une équipe interdisciplinaire rassemblant des spécialités en architecture, en génie, en biologie, en écologie, en sociologie, en psychologie et en beaux-arts.

Et encore une fois l’argent seul ne suffit pas pour le développement. Si on veut le bien de ce pays, on ne peut se passer de ses artistes .

Enfin je remercie le quotidien La Cité pour son intérêt pour les artistes et la culture en générale.

Mhamed HASSANI

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