Deuxième texte du tandem
III
ILI ! Koun ! Sois !
« ILI ! », ce verbe composé de trois lettres, conjugué à l’impératif, n’a pas été écrit pour ces tableaux.
Ces tableaux, ces toiles nées d’inspirations et de visions différentes, n’ont pas été peints pour illustrer ce verbe. Ils se veulent et Ils sont ce verbe.
Leur mise en présence n’est pas fortuite. Elle s’est faite par la volonté de leurs auteurs qui recherchaient un sens commun, une direction commune, caché dans le chaos du présent.
Par la volonté inspirée, les couleurs et le verbe convolèrent en juste noce pour produire l’effet surprise chez le regardeur.
Une chorégraphie inspirée d’une musique né d’un printemps idéalisé.
Du désir d’être est né le désir de plaire, de séduire et d’aimer, de durer.
Le poète s’en lave les doigts à partir du moment où la couleur, la musique et la voix, s’en mêlent. Le verbe a vaincu le néant, il peut reprendre son questionnement-cheminement à la base, chevaucher l’emphase, jusqu’à ce que son regard heurte l’obstacle, la toile qui marquera l’arrêt : le temps de mettre des couleurs sur ses maux, des nuances dans son vers et un sens à ses élucubrations.
La couleur, le beau, la musique, chacun provoque le verbe qui se veut sens en dérive.La couleur est orpheline du verbe dans un espace où l’on demande l’autorisation d’exister, d’être.
Le verbe « ili »est une prouesse de l’esprit qui ne se reconnait pas dans la prison des sens interdits. Il recherche la fissure pour l’élargir et aller plus loin que la ligne d’horizon où la nuance vibratile se cultive comme un parfum non identifié.
Le tableau vient-il à la rencontre du verbe et le verbe coure-t-il à la rencontre de la couleur ? en vérité, verbe et couleur créent l’illusion d’une harmonie salutaire pour le regardeur pris de vitesse.
Ce que les artistes ont réussi, c’est la transposition des œuvres dans un même espace de réflexion, de rêve et de cheminement.
Le verbe arrive des profondeurs chaotiques pour célébrer un présent désarticulé. Il s’habille de couleurs insensées et danse une chorégraphie bigarrée pour mettre de l’ordre dans le désordre des sens ankylosés.
La couleur se propage dans les interstices mal colmatées pour solidifier la construction édifiée sur des volontés engourdies. Les formes naissent du désir de se libérer pour atteindre la lumière naissante de la possibilité.
La danse lumineuse des visions vivifie le corps du regardeur qui s’entraine, les mains dans les poches, en s’apprêtant à sortir d’un léger pas, pour inviter son prochain à cette nouvelle valse des sentiments naissants.
Je me tourne, enjoué, vers le regard-inquisiteur qui réprime l’implosion des couleurs qui se grisent en son intérieur mais partent en cendre à l’extérieur. Laissons le temps réduire la distance mais ne lâchons pas le pinceau ni le roseau, que la musique entame sa randonnée pour relever les âmes meurtries et libérer les énergies cloîtrées.
Mhamed Hassani
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