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Trouveur, tu es la pierre de quel Rocher? 3ème partie

17 Octobre 2017 , Rédigé par Hassani Mhamed Publié dans #articles parus dans le quotidien La Cité, #articles et entretiens publiés

 

3- Nous sommes la paix

                        Y a des moments où je me mets à chanter un poème au lieu de le lire. Sous mes yeux, les mots chevauchent des notes de musique que je ne peux sauter ni ignorer, alors je me mets à chanter, à farandoler dans ma tête balancée par le train Alger Bougie, pendant que le soleil d’automne entonne sa mélodie monotone, moi je farandole au rythme d’un air inconnu dans ma mémoire qui me vient de loin, entre les rails d’un train, semer son humeur vagabonde, en Kabylie.

            Puis, assise en face de moi, une jeune femme fatiguée, les traits tirés, les yeux enflés de ne pas avoir dormi, assommée mais réveillée, son regard tout à coup se met à briller ! Son regard devient intéressé par le titre ensoleillé qui vient d’une contrée glacée pour se prélasser entre mes doigts. « Je suis la paix ». Elle relisait l’expression et l’énergie lui revenait. Je la regardais à travers le titre sans oser la déranger. « Je suis la paix » lui dit le livre que j’ai entre les mains. Quand j’osais enfin lever les yeux, son regard me questionna. « Tu es vraiment la paix ? Je pensais que la paix était femme ! Serait-elle homme maintenant ? » Je lui répondis par le même canal « la paix a le sexe qui nous manque, sinon elle ne serait pas, elle ne pourrait enfanter. La paix se fait à deux, comme l’amour, sinon elle n’existerait pas et n’aurait pas sa raison d’être. »

Puis j’ai envie de lui dire :

  • Laisse-moi descendre en toi, apaiser tes tourments causés par la course désordonnée vers des chimères qui ont pour nom : richesse, argent, pouvoir… Qui ne sont en vérité que sécheresse et repoussoir.

Laisse-moi descendre en ton puits profond oh femme traquée par l’ignorance. Je ne suis pas Dieu, sinon je me passerais de toi, et tu n’es pas ma côte sinon je ne te désirerais pas autant ! Je suis l’aspect manquant à ta nudité pour qu’elle apparaisse dans la lumière du jour et tu es le catalyseur de mon humanité endormie.

Nous sommes la paix une fois réunis dans naissance aquatique et reconnus dans une étreinte cosmopolite.

La paix n’est pas une trêve à tes cauchemars, mais Le Havre où se réalise notre vie.

La paix des muses est une fleuraison cosmique dont la retombée est le bien-être de nous deux.

L’histoire doit être revisitée, à chaque fois, à l’aune de notre besoin de paix et non pour raviver l’esprit de guerre.

Le présent se vit en paix et se prolonge par amour. Sinon la rechute est permanente et si tu veux la paix coupe le nerf de la guerre et ne court pas derrière les chimères !

           

La poésie de Pierre est habitée par les pierres de kabylie et sous ces pierres moussent la colère de l’humanité.

C’est ainsi qu’au gré des vers, je reconnais mes compagnons d’ici qui côtoient Pierre dans ses péripéties.

 

 

Un poème n’est pas une suite de mots mais un voyage au bout du naufrage.

Qui n’a pas de général dans sa tête ? Qu’il soit visible ou caché, il rôde à l’affût pour prendre le pouvoir !

Si ce n’est un général, cela doit être un caporal, prêt à briser la résistance et à semer l’obéissance.

Ni général ni caporal me dites-vous ! Alors que vous claquez des portes à tout bout de champ !

 

Pierre détaché de son rocher. Où est la blessure, sur le rocher ou la pierre ? Pour ressouder la matière il faut des années-lumière… Comme on n’a plus le temps il faut accélérer la couture. La poésie est une bonne couturière. Il suffit de la trouver, pour cela il faut être trouveur !

La douleur du poète est là.

Être détaché, arraché de la masse qu’on ne pourra plus réintégrer, qu’on traîne comme une nostalgie dans chaque poème recomposé.

Ce bain de paix dans un regard où les nuages ont fait place à un horizon moins violent me dépose au crépuscule dans la ville lumineuse qui perd un peu de sens chaque jour.

Pierre cherche un miroir au-delà des mers pour confirmer que l’humanité est une dans sa diversité. Je te l’accorde mon ami, brisons les préjugés et réduisons les distances, demain est dans chaque poème, chaque métaphore, chaque regard ensoleillé, chaque trouvaille qui nous émerveille. Trouveurs du monde entier unissez-nous, rêvons très fort à notre humanité recomposée et marchons de ce pas décidé pour reconquérir tous nos espaces que nos excroissances ont occupé. La paix c’est aujourd’hui. La paix c’est Nous ! Nous sommes la paix.

 

Mhamed Hassani

Poète et dramaturge

De Kabylie-Algérie

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